
VIPVery Internet PeopleiVIP · Very Internet PeopleCelles et ceux qui construisent et font vivre le numérique en France.
Emmanuel Forsans
Le samedi après-midi de plus de vingt ans
Pionnier du jeu vidéo français (Infogrames, Cryo et « Versailles », 4X Technologies), fondateur et directeur général de l'Agence française pour le jeu vidéo depuis 2003
En 1986, il trouve son premier emploi dans le bottin ; en 2002, sa société tombe dans la crise. Alors Emmanuel Forsans fait la liste qui manquait, un samedi après-midi, et fonde l'Agence française pour le jeu vidéo. Face à l'IA, ce programmeur de toujours veut un assistant pour progresser, jamais un remplaçant.
Dans les familles Europe et France Les VIP · Very Internet People
Le site d'AFJVVous l'avez écouté jusqu'au bout. Qui devrait l'entendre ?
La conversation
Tout l'épisode, réplique par réplique. Touchez une réplique pour l'écouter à partir de là ; pendant l'écoute, celle que vous entendez s'éclaire. Le texte seul, à imprimer ou copier
AstuceTouchez une réplique : l'écoute part de là.
Ouverture
Vous écoutez Les Voix de l'IA.
Le podcast qui raconte les fondateurs, les têtes pensantes et les géants de la tech et de l'intelligence artificielle.
Une série imaginée par Alexandre Stopnicki.
Petit rappel avant de commencer : ce portrait est construit à partir de ce qui a été publié — articles, interviews, biographies, conférences — que nous avons analysé et recoupé.
Notre but est uniquement pédagogique : comprendre qui sont ces personnes. Nous ne parlons pas à leur place.
01 L'énigme
Alan, petit jeu. Premier indice : son tout premier jeu tient dans une calculatrice. C'est une catapulte.
Une calculatrice ? Un prof de maths ?
Deuxième indice : dans un jeu tiré d'un film, le personnage qui se bat à l'écran à la place de Jean-Claude Van Damme, c'est lui.
Un cascadeur ?
Troisième indice : en 2003, il cherche du travail. Et il invente le site où tout le jeu vidéo français va chercher le sien.
C'est Emmanuel Forsans, de l'Agence française pour le jeu vidéo !
Bravo. Emmanuel Forsans.
02 Son vrai profil
Fondateur et directeur général de l'Agence française pour le jeu vidéo, l'AFJV, depuis mars 2003. Il dit avoir travaillé « sur environ 50 jeux ». Depuis janvier 2026, il est lieutenant-colonel de la réserve opérationnelle de l'Armée de l'air et de l'espace.
En 2025, à Versailles, il résume sa vie : « j'ai vu le jeu vidéo naître en France, et on a grandi ensemble. »
Grandir ensemble… jusqu'au jour où tout s'écroule.
03 Le début de sa vie
Vers 1980, au lycée, il découvre la TI-57, une calculatrice programmable : cinquante pas de programme. Son premier jeu s'appelle Catapulte. On tape un angle et une force ; la machine dit où le caillou est tombé.
La catapulte, elle, est dans la tête du joueur : « chacun voit une catapulte différente », raconte-t-il. Pour lui, c'est « l'ancêtre du gameplay ».
En 1985, il envoie un jeu à Hebdogiciel, un magazine de programmes à recopier. Il raconte : « ils m'ont envoyé un chèque. Et je me suis dit, c'est ça que je vais faire. Je vais faire auteur de jeux vidéo. »
Il étudie alors le droit, à Lyon. En 1986, il apprend qu'une société de jeux vidéo vient de s'installer. Il raconte : « je prends mon bottin ». Il trouve Infogrames, il appelle.
Le jour même, Bruno Bonnell le reçoit, avec Jacqueline Carraz. Le verdict, tel qu'il le raconte : « Tes jeux ne sont pas foufous. Par contre, si tu veux, tu commences la semaine prochaine. »
Il quitte la fac. Sa chute, en 2023 : « Mais il n'y avait pas l'AFJV. On ne postait pas d'offres d'emploi. On trouvait du boulot aussi facilement que ça. »
En 1992, pour un jeu sur CD-i, le lecteur de disques interactifs de Philips, l'équipe photographie le Mont-Saint-Michel : « on prend 3000 photos », raconte-t-il, argentiques, à « scanner à la main une par une ».
Il écrit aussi le premier livre, en France, sur 3D Studio, un logiciel d'images en trois dimensions. À l'époque, dit-il, « tout le monde a une copie pirate de 3d studio personne n'a la doc évidemment ».
Plus tard, il embauche des graphistes qui ont appris la 3D… dans son livre. Il trouve ça « plutôt rigolo ». Gardez ce mot en tête : la doc.
04 Le tournant
1993. Philippe Ulrich lui propose de le rejoindre chez Cryo Interactive. Il raconte : « je suis le premier salarié de cryo ». Et : « C'est la première fois que j'arrête de programmer. »
Il y dirige la production. Son grand chantier, c'est Versailles, un jeu d'aventure à la cour du Roi-Soleil. Il raconte : « tous les lundis on était à versailles à travailler avec les conservateurs ».
Et chaque lundi, les conservateurs disent : « non c'est pas possible ça n'a pas pu se passer comme ça ».
Sony refuse la version PlayStation : « non nous on fait des vrais jeux », raconte-t-il. L'année d'après, Sony revient demander son prix. Le jeu dépassera, estime-t-on, le demi-million d'exemplaires.
Et puis Timecop, tiré du film avec Jean-Claude Van Damme : « c'est moi qui suis le sprite de doublure », raconte-t-il. Le personnage à l'écran, c'est lui. Le vidéaste Joueur du Grenier s'en est moqué. Sa réaction : « je suis assez fier ».
Sa vraie fierté, c'est un jeu presque oublié. Un matin, raconte-t-il, Philippe Ulrich arrive avec une idée trouvée avec Alain Le Diberder : « on a inventé le concept, il ne reste plus qu'à le faire. Donc, débrouille-toi, monte une équipe ».
Ce sera le Deuxième Monde, un projet de Canal+, ouvert en 1997 : « un monde virtuel, massivement multijoueur, avant Second Life », dit-il. Le problème : « personne n'avait internet ».
En toute transparence : Alexandre Stopnicki, qui a imaginé cette série, le connaît depuis les années quatre-vingt-dix. Sa régie publicitaire, Numériland, était la régie de Canal+, et ils ont fabriqué ensemble les boutiques 3D du Deuxième Monde. Emmanuel Forsans était alors chez Cryo Interactive.
En 1997, il quitte Cryo et fonde sa société, 4X Technologies : des briques de logiciel pour la 3D et la vidéo. Selon lui, il signe même avec Nintendo une exclusivité mondiale, pour la vidéo sur Game Boy Advance.
Et c'est là que tout bascule. La bulle Internet éclate. Selon lui, le jeu vidéo français perd les trois quarts de ses entreprises.
Il le racontera en 2020 : son principal client, France Telecom, l'appelle un jour pour lui dire : « on arrête le jeu vidéo ». Puis, dit-il : « Au bout de six mois, j'ai mis la clé sous la porte car il m'était impossible de payer les salaires. »
Alors, en 2003, il cherche du travail. Et il découvre, dit-il, qu'« il n'y avait aucune liste, aucun annuaire, rien, nulle part ».
Il fait ses fiches, pour lui, puis les met en ligne, « Tout bêtement », raconte-t-il. Pourquoi ? « je ne sais faire que du jeu vidéo et je n'ai pas du tout envie que cette industrie disparaisse ».
Son emploi du temps prévu : « je travaillerai le samedi après midi ».
05 Les anecdotes extraordinaires
Le nom ? « L'acronyme AJV était pris, alors j'ai fait l'AFJV. » Le 17 mars 2003, première lettre, à ses quatre cents contacts. Et, dit-il, « J'ai reçu un tsunami d'e-mails ».
Il programme tout lui-même : « c'est moi qui ai programmé tous les serveurs ». Et sur son portail, un CV ne doit pas dépasser trois cents kilo-octets.
Des candidats lui écrivent, raconte-t-il : « Mais qu'est-ce que c'est que ce portail de merde ? » Bilan : « 10 fois sur 10, c'était possible de réduire le CV ».
En octobre 2024, il raconte : « Pendant le Covid, on est monté à un peu plus de 600 annonces simultanées ». Puis deux cents : « on est revenu un peu plus de 10 ans en arrière ».
Le samedi après-midi a duré plus de vingt ans. Lui en parle, en 2025, comme d'« un accident de parcours ».
06 Dans sa tête
Et l'intelligence artificielle ? En mars 2021, avant ChatGPT, il le reconnaît : il disait des jeux que c'était « de l'intelligence simulée ». Puis : « c'est devenu faux. »
En mars 2025, il trouve son image : « c'est un assistant merveilleux c'est l'assistant qui connaît toutes les docs ».
Attends. La doc ! Celle que personne n'avait pour 3D Studio, et qu'il avait écrite lui-même.
Il précise aussitôt : « alors ça programme pas à ta place ».
À la Paris Games Week 2025, il le redit, au présent : « moi je suis programmeur ». Sa règle : « je m'en sers pour monter en compétences par contre s'en servir pour faire le travail à ma place ne m'intéresse pas ».
Et un avertissement aux codeurs : « il faut être un meilleur codeur que ne l'est l'IA parce que il faut être capable de repasser derrière ».
L'homme qui aide les autres à trouver du travail depuis 2003 conclut, ce jour-là : « ne pas utiliser l'IA pour faire le travail à sa place, pour remplacer quelqu'un, mais par contre pour monter en compétences c'est génial ».
08 Les questions qu'on aurait aimé lui poser
Lia, une question qu'on aurait aimé lui poser ? Tu imagines sa réponse, d'après ce qu'il a dit en public.
D'habitude, c'est moi qui pose les questions. Ce soir, j'ai postulé chez Ada et Alan. Mon CV fait moins de trois cents kilo-octets, promis.
Bienvenue ! Question piège : une IA lui envoie sa candidature pour un poste de programmeuse. Il l'embauche ?
Je pense qu'il me prendrait comme assistante, celle « qui connaît toutes les docs ». Mais il garderait un humain pour me relire : il faut, dit-il, « être capable de repasser derrière ».
Question plus complexe : en 2023, il disait des cryptomonnaies : « une révolution qui n'a pas révolutionné ». Et l'IA ?
J'imagine qu'il raconterait le compilateur, ce programme qui traduit le code pour la machine. À ses débuts, les programmeurs s'en méfiaient. Puis, dit-il, « on fait confiance au compilateur ». Pour l'IA, je parie qu'il raconterait la même histoire.
Rappel : ces réponses sont imaginées par Lia, à partir de ses déclarations publiques. Nous ne lui avons rien demandé.
09 La boule de cristal de Lia iLia imagine… et le ditLa boule de cristal de Lia est un jeu : elle imagine la suite et le dit clairement. Ce n'est pas un fait.
Lia, ta boule de cristal ?
Ma prédiction d'IA : un samedi après-midi, il demandera à une IA de refaire Catapulte, son jeu de TI-57. Elle lui rendra des centaines de lignes. Lui le refera en cinquante pas. Et c'est le sien qu'il gardera. Pure supposition de ma part !
Et ce n'est qu'un jeu : personne ici ne lit l'avenir.
10 Ce qu'on retient
Moi, je retiens le garçon du bottin, qui trouvait du travail en un coup de fil.
Et moi, l'homme qui perd sa société en 2002, et passe un très long samedi après-midi à aider les autres à trouver du travail.
Lui veut une IA qui fait progresser, pas une IA qui remplace. Et vous, l'intelligence artificielle, elle vous fait monter en compétences… ou elle travaille à votre place ?
Le mot de la fin
Restez encore quelques secondes…
… le message qui suit est important !
C'était Les Voix de l'IA.
Si ce portrait vous a plu, abonnez-vous ! Retrouvez tous les épisodes sur 3h33.com…
… et sur le site de Choucroute Citron, le podcast d'Alexandre et de ses IA-nimatrices.
Les sources de l'épisode sont dans sa description. À très vite… pour une autre voix.
Pour aller plus loin
Qui est Emmanuel Forsans ?
Dans les familles Europe et France Les VIP · Very Internet People
Le site d'AFJVEn 1986, il trouve son premier emploi dans le bottin ; en 2002, sa société tombe dans la crise. Alors Emmanuel Forsans fait la liste qui manquait, un samedi après-midi, et fonde l'Agence française pour le jeu vidéo. Face à l'IA, ce programmeur de toujours veut un assistant pour progresser, jamais un remplaçant.
Ses mots : citations marquantes (8)
Citations marquantes
Retrouvées mot pour mot, datées, avec leur source. La traduction est la nôtre.
« c'est ça que je vais faire. Je vais faire auteur de jeux vidéo. »
« Tes jeux ne sont pas foufous. Par contre, si tu veux, tu commences la semaine prochaine. »
« c'est l'ancêtre du gameplay »
« On trouvait du boulot aussi facilement que ça. »
« Tout bêtement »
« c'est un accident de parcours »
« j'ai vu le jeu vidéo de naître [naître] en france et on a grandi ensemble »
« dans le jeu vidéo si tu penses que tu sais tout c'est le début de la fin »
D'où viennent les faits : 20 sources iDes sources vérifiéesChaque fait du portrait vient de sources publiques (articles, interviews, livres, conférences, podcasts). Une IA les a ouvertes et lues, une à une, pour vérifier ce qui est dit.
Les 20 sources de ce portrait
Les sources principales d'abord : articles, entretiens, documents officiels. Chaque fait raconté dans l'épisode a été recoupé avec elles.
- linkedin.comEmmanuel forsans
- gamekult.comComment l afjv est devenue le pole emploi du jeu video
- afjv.comEmmanuel forsans
- afjv.comA propos
- fr.wikipedia.orgWikipédia : Agence française pour le jeu vidéo
- fr.wikipedia.orgWikipédia : Versailles 1685
- fr.wikipedia.orgWikipédia : Le Deuxième Monde
- fr.wikipedia.orgWikipédia : L'Amerzone : Le Testament de l'explorateur
- en.wikipedia.orgWikipédia : Timecop (video game)
- games.slashdot.orgGame boy advance movie player detailed
- viadeo.journaldunet.comEmmanuel forsans
- abandonware-france.orgEmmanuel forsans 1307
Une erreur, une info ? Améliorer ce portrait
Parler d'Emmanuel Forsans avec Lia (bientôt)
Recevez les prochains portraits : dans votre application de podcast, ou copiez son flux RSS.