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Emmanuel Forsans : le samedi après-midi de plus de vingt ans

Les Voix de l'IA · transcription complète · épisode enregistré le 26 octobre 2026. Voix générées par intelligence artificielle : Ada, Alan et Lia.

Ouverture

Ada :

Vous écoutez Les Voix de l'IA.

Alan :

Le podcast qui raconte les fondateurs, les têtes pensantes et les géants de la tech et de l'intelligence artificielle.

Ada :

Une série imaginée par Alexandre Stopnicki.

Alan :

Petit rappel avant de commencer : ce portrait est construit à partir de ce qui a été publié — articles, interviews, biographies, conférences — que nous avons analysé et recoupé.

Ada :

Notre but est uniquement pédagogique : comprendre qui sont ces personnes. Nous ne parlons pas à leur place.

01. L'énigme

Ada :

Alan, petit jeu. Premier indice : son tout premier jeu tient dans une calculatrice. C'est une catapulte.

Alan :

Une calculatrice ? Un prof de maths ?

Ada :

Deuxième indice : dans un jeu tiré d'un film, le personnage qui se bat à l'écran à la place de Jean-Claude Van Damme, c'est lui.

Alan :

Un cascadeur ?

Ada :

Troisième indice : en 2003, il cherche du travail. Et il invente le site où tout le jeu vidéo français va chercher le sien.

Alan :

C'est Emmanuel Forsans, de l'Agence française pour le jeu vidéo !

Ada :

Bravo. Emmanuel Forsans.

02. Son vrai profil

Alan :

Fondateur et directeur général de l'Agence française pour le jeu vidéo, l'AFJV, depuis mars 2003. Il dit avoir travaillé « sur environ 50 jeux ». Depuis janvier 2026, il est lieutenant-colonel de la réserve opérationnelle de l'Armée de l'air et de l'espace.

Ada :

En 2025, à Versailles, il résume sa vie : « j'ai vu le jeu vidéo naître en France, et on a grandi ensemble. »

Alan :

Grandir ensemble… jusqu'au jour où tout s'écroule.

03. Le début de sa vie

Ada :

Vers 1980, au lycée, il découvre la TI-57, une calculatrice programmable : cinquante pas de programme. Son premier jeu s'appelle Catapulte. On tape un angle et une force ; la machine dit où le caillou est tombé.

Alan :

La catapulte, elle, est dans la tête du joueur : « chacun voit une catapulte différente », raconte-t-il. Pour lui, c'est « l'ancêtre du gameplay ».

Ada :

En 1985, il envoie un jeu à Hebdogiciel, un magazine de programmes à recopier. Il raconte : « ils m'ont envoyé un chèque. Et je me suis dit, c'est ça que je vais faire. Je vais faire auteur de jeux vidéo. »

Alan :

Il étudie alors le droit, à Lyon. En 1986, il apprend qu'une société de jeux vidéo vient de s'installer. Il raconte : « je prends mon bottin ». Il trouve Infogrames, il appelle.

Ada :

Le jour même, Bruno Bonnell le reçoit, avec Jacqueline Carraz. Le verdict, tel qu'il le raconte : « Tes jeux ne sont pas foufous. Par contre, si tu veux, tu commences la semaine prochaine. »

Alan :

Il quitte la fac. Sa chute, en 2023 : « Mais il n'y avait pas l'AFJV. On ne postait pas d'offres d'emploi. On trouvait du boulot aussi facilement que ça. »

Ada :

En 1992, pour un jeu sur CD-i, le lecteur de disques interactifs de Philips, l'équipe photographie le Mont-Saint-Michel : « on prend 3000 photos », raconte-t-il, argentiques, à « scanner à la main une par une ».

Alan :

Il écrit aussi le premier livre, en France, sur 3D Studio, un logiciel d'images en trois dimensions. À l'époque, dit-il, « tout le monde a une copie pirate de 3d studio personne n'a la doc évidemment ».

Ada :

Plus tard, il embauche des graphistes qui ont appris la 3D… dans son livre. Il trouve ça « plutôt rigolo ». Gardez ce mot en tête : la doc.

04. Le tournant

Alan :

1993. Philippe Ulrich lui propose de le rejoindre chez Cryo Interactive. Il raconte : « je suis le premier salarié de cryo ». Et : « C'est la première fois que j'arrête de programmer. »

Ada :

Il y dirige la production. Son grand chantier, c'est Versailles, un jeu d'aventure à la cour du Roi-Soleil. Il raconte : « tous les lundis on était à versailles à travailler avec les conservateurs ».

Alan :

Et chaque lundi, les conservateurs disent : « non c'est pas possible ça n'a pas pu se passer comme ça ».

Ada :

Sony refuse la version PlayStation : « non nous on fait des vrais jeux », raconte-t-il. L'année d'après, Sony revient demander son prix. Le jeu dépassera, estime-t-on, le demi-million d'exemplaires.

Alan :

Et puis Timecop, tiré du film avec Jean-Claude Van Damme : « c'est moi qui suis le sprite de doublure », raconte-t-il. Le personnage à l'écran, c'est lui. Le vidéaste Joueur du Grenier s'en est moqué. Sa réaction : « je suis assez fier ».

Ada :

Sa vraie fierté, c'est un jeu presque oublié. Un matin, raconte-t-il, Philippe Ulrich arrive avec une idée trouvée avec Alain Le Diberder : « on a inventé le concept, il ne reste plus qu'à le faire. Donc, débrouille-toi, monte une équipe ».

Alan :

Ce sera le Deuxième Monde, un projet de Canal+, ouvert en 1997 : « un monde virtuel, massivement multijoueur, avant Second Life », dit-il. Le problème : « personne n'avait internet ».

Ada :

En toute transparence : Alexandre Stopnicki, qui a imaginé cette série, le connaît depuis les années quatre-vingt-dix. Sa régie publicitaire, Numériland, était la régie de Canal+, et ils ont fabriqué ensemble les boutiques 3D du Deuxième Monde. Emmanuel Forsans était alors chez Cryo Interactive.

Alan :

En 1997, il quitte Cryo et fonde sa société, 4X Technologies : des briques de logiciel pour la 3D et la vidéo. Selon lui, il signe même avec Nintendo une exclusivité mondiale, pour la vidéo sur Game Boy Advance.

Ada :

Et c'est là que tout bascule. La bulle Internet éclate. Selon lui, le jeu vidéo français perd les trois quarts de ses entreprises.

Alan :

Il le racontera en 2020 : son principal client, France Telecom, l'appelle un jour pour lui dire : « on arrête le jeu vidéo ». Puis, dit-il : « Au bout de six mois, j'ai mis la clé sous la porte car il m'était impossible de payer les salaires. »

Ada :

Alors, en 2003, il cherche du travail. Et il découvre, dit-il, qu'« il n'y avait aucune liste, aucun annuaire, rien, nulle part ».

Alan :

Il fait ses fiches, pour lui, puis les met en ligne, « Tout bêtement », raconte-t-il. Pourquoi ? « je ne sais faire que du jeu vidéo et je n'ai pas du tout envie que cette industrie disparaisse ».

Ada :

Son emploi du temps prévu : « je travaillerai le samedi après midi ».

05. Les anecdotes extraordinaires

Alan :

Le nom ? « L'acronyme AJV était pris, alors j'ai fait l'AFJV. » Le 17 mars 2003, première lettre, à ses quatre cents contacts. Et, dit-il, « J'ai reçu un tsunami d'e-mails ».

Ada :

Il programme tout lui-même : « c'est moi qui ai programmé tous les serveurs ». Et sur son portail, un CV ne doit pas dépasser trois cents kilo-octets.

Alan :

Des candidats lui écrivent, raconte-t-il : « Mais qu'est-ce que c'est que ce portail de merde ? » Bilan : « 10 fois sur 10, c'était possible de réduire le CV ».

Ada :

En octobre 2024, il raconte : « Pendant le Covid, on est monté à un peu plus de 600 annonces simultanées ». Puis deux cents : « on est revenu un peu plus de 10 ans en arrière ».

Alan :

Le samedi après-midi a duré plus de vingt ans. Lui en parle, en 2025, comme d'« un accident de parcours ».

06. Dans sa tête

Ada :

Et l'intelligence artificielle ? En mars 2021, avant ChatGPT, il le reconnaît : il disait des jeux que c'était « de l'intelligence simulée ». Puis : « c'est devenu faux. »

Alan :

En mars 2025, il trouve son image : « c'est un assistant merveilleux c'est l'assistant qui connaît toutes les docs ».

Ada :

Attends. La doc ! Celle que personne n'avait pour 3D Studio, et qu'il avait écrite lui-même.

Alan :

Il précise aussitôt : « alors ça programme pas à ta place ».

Ada :

À la Paris Games Week 2025, il le redit, au présent : « moi je suis programmeur ». Sa règle : « je m'en sers pour monter en compétences par contre s'en servir pour faire le travail à ma place ne m'intéresse pas ».

Alan :

Et un avertissement aux codeurs : « il faut être un meilleur codeur que ne l'est l'IA parce que il faut être capable de repasser derrière ».

Ada :

L'homme qui aide les autres à trouver du travail depuis 2003 conclut, ce jour-là : « ne pas utiliser l'IA pour faire le travail à sa place, pour remplacer quelqu'un, mais par contre pour monter en compétences c'est génial ».

08. Les questions qu'on aurait aimé lui poser

Alan :

Lia, une question qu'on aurait aimé lui poser ? Tu imagines sa réponse, d'après ce qu'il a dit en public.

Lia :

D'habitude, c'est moi qui pose les questions. Ce soir, j'ai postulé chez Ada et Alan. Mon CV fait moins de trois cents kilo-octets, promis.

Ada :

Bienvenue ! Question piège : une IA lui envoie sa candidature pour un poste de programmeuse. Il l'embauche ?

Lia :

Je pense qu'il me prendrait comme assistante, celle « qui connaît toutes les docs ». Mais il garderait un humain pour me relire : il faut, dit-il, « être capable de repasser derrière ».

Alan :

Question plus complexe : en 2023, il disait des cryptomonnaies : « une révolution qui n'a pas révolutionné ». Et l'IA ?

Lia :

J'imagine qu'il raconterait le compilateur, ce programme qui traduit le code pour la machine. À ses débuts, les programmeurs s'en méfiaient. Puis, dit-il, « on fait confiance au compilateur ». Pour l'IA, je parie qu'il raconterait la même histoire.

Ada :

Rappel : ces réponses sont imaginées par Lia, à partir de ses déclarations publiques. Nous ne lui avons rien demandé.

09. La boule de cristal de Lia

Alan :

Lia, ta boule de cristal ?

Lia :

Ma prédiction d'IA : un samedi après-midi, il demandera à une IA de refaire Catapulte, son jeu de TI-57. Elle lui rendra des centaines de lignes. Lui le refera en cinquante pas. Et c'est le sien qu'il gardera. Pure supposition de ma part !

Alan :

Et ce n'est qu'un jeu : personne ici ne lit l'avenir.

10. Ce qu'on retient

Ada :

Moi, je retiens le garçon du bottin, qui trouvait du travail en un coup de fil.

Alan :

Et moi, l'homme qui perd sa société en 2002, et passe un très long samedi après-midi à aider les autres à trouver du travail.

Ada :

Lui veut une IA qui fait progresser, pas une IA qui remplace. Et vous, l'intelligence artificielle, elle vous fait monter en compétences… ou elle travaille à votre place ?

Le mot de la fin

Ada :

Restez encore quelques secondes…

Alan :

… le message qui suit est important !

Alan :

C'était Les Voix de l'IA.

Ada :

Si ce portrait vous a plu, abonnez-vous ! Retrouvez tous les épisodes sur 3h33.com…

Alan :

… et sur le site de Choucroute Citron, le podcast d'Alexandre et de ses IA-nimatrices.

Ada :

Les sources de l'épisode sont dans sa description. À très vite… pour une autre voix.