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Stewart Butterfield : deux jeux ratés, Flickr et Slack
Les Voix de l'IA · transcription complète · épisode enregistré le 13 octobre 2026. Voix générées par intelligence artificielle : Ada, Alan et Lia.
Ouverture
Ada :Vous écoutez Les Voix de l'IA.
Alan :Le podcast qui raconte les fondateurs, les têtes pensantes et les géants de la tech et de l'intelligence artificielle.
Ada :Une série imaginée par Alexandre Stopnicki.
Alan :Petit rappel avant de commencer : ce portrait est construit à partir de ce qui a été publié — articles, interviews, biographies, conférences — que nous avons analysé et recoupé.
Ada :Notre but est uniquement pédagogique : comprendre qui sont ces personnes. Nous ne parlons pas à leur place.
01. L'énigme
Ada :Premier indice : il a passé ses premières années dans une cabane en rondins, sans eau courante, au Canada.
Alan :Un trappeur ? Un chercheur d'or ?
Ada :Deuxième indice : diplômé de philosophie à Cambridge, il a raté deux fois… le même jeu vidéo.
Alan :Deux fois le même ? Attends…
Ada :Troisième indice : de ces échecs sont nés un site de photos culte et une messagerie d'équipe rachetée vingt-sept virgule sept milliards de dollars.
Alan :Flickr et Slack ! C'est Stewart Butterfield.
Ada :Bingo !
02. Son vrai profil
Alan :Né le 21 mars 1973 à Lund, en Colombie-Britannique, il est canadien et vit à Aspen, dans le Colorado, depuis 2020.
Ada :Il obtient une licence de philosophie à l'Université de Victoria en 1996, puis un master au Clare College de Cambridge en 1998.
Alan :Il cofonde Flickr, vendu à Yahoo en 2005. Puis Slack, dont Salesforce annonce le rachat le 1er décembre 2020.
Ada :C'est le plus gros rachat de Salesforce. Depuis son départ en janvier 2023, il se fait discret et investit à titre personnel.
Alan :En octobre 2026, la fiche Forbes estimait sa fortune à un virgule six milliard de dollars.
03. Le début de sa vie
Ada :Mais avant les milliards, il y a un petit garçon qui s'appelle… Dharma.
Alan :Non ?!
Ada :Si ! Dharma Jeremy Butterfield, élevé par des parents hippies dans une région isolée du nord de la Colombie-Britannique. D'où la fameuse cabane.
Alan :Drôle de décor pour un futur entrepreneur du logiciel.
Ada :Et pourtant. La famille s'installe à Victoria quand il a cinq ans. En deuxième année de primaire, il découvre l'ordinateur et apprend seul à programmer.
Alan :Et Dharma devient Stewart quand ?
Ada :Après le départ du nord, il prend lui-même le prénom de Stewart. Puis la philosophie, jusqu'à Cambridge.
Alan :Il l'a confié à Bloomberg en 2018 : « Quand j'ai terminé mon master, je n'avais vraiment aucune idée de ce que j'allais faire. »
Ada :Voilà qui rassurera quelques étudiants. En 2000, il crée Gradfinder avec Jason Classon et lance le « 5K », un concours de sites web de moins de cinq kilo-octets.
Alan :Cinq kilo-octets, c'est minuscule !
04. Le tournant
Alan :Et c'est là que tout bascule. Deux fois, d'ailleurs.
Ada :À l'été 2002, à Vancouver, il cofonde Ludicorp avec Caterina Fake et Jason Classon. Le projet : un jeu en ligne, Game Neverending.
Alan :Mais la bulle Internet vient d'éclater. Dans Masters of Scale, il explique que rien d'aussi frivole qu'un jeu n'allait trouver de financement.
Ada :L'équipe vote alors entre le jeu et Flickr. Égalité ! Il marchande au téléphone avec un cofondateur resté à New York : « Je me sentais comme un sénateur. »
Alan :Le lendemain, Flickr l'emporte. Ouverture au public le 10 février 2004, rachat par Yahoo en mars 2005, pour quelques dizaines de millions de dollars.
Ada :Et en 2009, il retente… le même jeu ! Ça s'appelle Glitch, un monde en ligne sans combat.
Alan :Selon Reid Hoffman : dix-sept millions et demi levés et quarante-cinq salariés. Butterfield, lui, estimait que quatre-vingt-dix-sept pour cent des inscrits repartaient dans les cinq minutes.
Ada :Il le raconte ainsi : « Il y a eu cette nuit où j'ai simplement perdu la foi. »
Alan :Il arrête, contre l'avis de ses investisseurs et de ses cofondateurs. Glitch ferme le 9 décembre 2012. Mais la petite messagerie bricolée en interne, elle, va devenir Slack.
05. Les anecdotes extraordinaires
Ada :Des histoires comme ça, il en a d'autres. L'idée de Flickr, d'abord : en route pour un salon du jeu vidéo à New York, il est victime d'une intoxication alimentaire pendant le trajet.
Alan :Malade dans le taxi, puis à l'hôtel jusqu'à trois ou quatre heures du matin…
Ada :Et là, dit-il : « Et toute l'idée de Flickr m'est venue. » Sans grande vision, précise-t-il. Juste : « Est-ce qu'on peut éviter de faire faillite ? »
Alan :La stratégie produit la plus honnête du monde.
Ada :Deuxième histoire : sa lettre de démission de Yahoo, envoyée le 13 juin 2008. Une lettre parodique qui commence par : « Comme vous le savez, j’ai le fer-blanc dans le sang. »
Alan :Il y laisse entendre qu'il travaille chez Yahoo depuis 1921. Et il annonce qu'il va s'occuper de son « petit mais croissant troupeau d'alpagas ».
Ada :Des alpagas ! J’adore. Tu en as une troisième ?
Alan :Attends, laisse-moi la mienne. Fin 2012, il annonce aux associés d'Andreessen Horowitz que Slack pourrait un jour réaliser cent millions de dollars de chiffre d'affaires. Il se souvient de réactions du genre : « Pfft, bonne chance. »
Ada :Et pour l'exercice clos fin janvier 2021 ?
Alan :Neuf cent deux virgule six millions de dollars.
Ada :Ma préférée : pour l’entrée en Bourse de Slack, le 20 juin 2019, sa mère sonne la cloche d’ouverture. Il dira ensuite : « Le plus important pour moi, c’est que j’ai fait venir ma mère. »
Alan :C’est fou. Des milliards en jeu, et ce qu’il met en avant, c’est la présence de sa mère.
06. Dans sa tête
Alan :Et l'intelligence artificielle, dans tout ça ? Il en parle peu, et avec prudence.
Ada :En 2017, dans un texte publié par Fortune, il écrivait : « Nous donnons à chacun un chef de cabinet virtuel, d'une patience et d'une mémoire infinies. »
Alan :En mai 2023, dans Odd Lots, il disait en substance penser l'IA comme une augmentation. Il ajoutait n'avoir rien trouvé où apporter quelque chose d'unique en IA.
Ada :Ce qui ne l'empêche pas, en mai 2026, de figurer parmi les investisseurs individuels de Viktor, un agent d'IA qui travaille comme un collègue dans Slack ou Teams.
Alan :En septembre 2026, Slack a annoncé que son Slackbot propulsé par Claude avait dépassé le million d'utilisateurs mensuels.
07. La part d'ombre
Ada :Il y a aussi l'échec de Glitch. Il avait convaincu des gens de quitter leur emploi pour être mal payés contre des parts dans un projet qui n'a pas marché : ce sont ses mots.
Alan :Sa réponse : un site baptisé « Engagez un génie », avec le profil de chaque salarié licencié. « Et nous avons fini par trouver un emploi à chacun », dit-il.
Ada :Il y a ensuite Microsoft. En novembre 2016, Slack publie une pleine page dans le New York Times, signée par l'entreprise : « Bienvenue, Microsoft, dans la révolution. »
Alan :En juillet 2019, Teams compte treize millions d'utilisateurs quotidiens, contre dix millions pour Slack en janvier. Après la plainte européenne de Slack en 2020, un règlement contraignant est annoncé en septembre 2025.
Ada :Et après la vente, selon Fortune, il a reconnu en 2023 ne pas avoir très bien réussi à marier les cultures de Slack et de Salesforce.
08. Les questions qu'on aurait aimé lui poser
Ada :Lia, une question qu'on aurait aimé lui poser ?
Lia :Bonjour ! Je me suis invitée chez Ada et Alan sans prévenir, comme une notification à vingt-trois heures. Ma question piège : cette révolution à laquelle Slack avait invité Microsoft, finalement, qui l'a gagnée ?
Ada :Bienvenue ! Qu'en disait-il ?
Lia :En juillet 2019, il disait que ce que faisait Microsoft n'avait pas vraiment d'importance : Slack continuerait à servir ses clients. Je pense donc qu'il répondrait qu'il n'a pas changé de cap.
Ada :Précision importante : c'est Lia qui imagine, ce n'est pas lui qui parle.
Alan :Et ta deuxième question, Lia ?
Lia :Plus complexe : en 2025, il parlait du « faux travail », ce qui ressemble au travail sans rien apporter. Les agents d'IA vont-ils le supprimer… ou en fabriquer davantage ? Il reconnaissait que personne n'y échappe, pas même lui ni ses administrateurs. En 2023, il voyait l'IA comme une augmentation. Je pense donc qu'il se méfierait du faux travail, humain ou artificiel.
Alan :Encore une fois : une hypothèse de Lia, fondée sur ses déclarations.
09. La boule de cristal de Lia
Alan :Lia, ta boule de cristal ?
Lia :Ma supposition d'IA, sur un seul signal public, son investissement dans Viktor en mai 2026 : je ne serais pas surprise qu'il reste un investisseur discret, du côté des outils qui augmentent le travail humain.
Ada :On le rappelle : c'est la supposition de Lia, pas une information.
10. Ce qu'on retient
Ada :Moi, je retiens qu'un échec peut cacher l'outil qui change tout, à condition de savoir s'arrêter à temps.
Alan :Et moi, son mémo de juillet 2013 : ne pas vendre des selles, mais l'équitation. Autrement dit, la transformation des organisations.
Ada :Et vous ? Dans votre travail, quel petit outil secondaire mériterait de devenir le projet principal ?
Le mot de la fin
Ada :Restez encore quelques secondes…
Alan :… le message qui suit est important !
Alan :C'était Les Voix de l'IA.
Ada :Si ce portrait vous a plu, abonnez-vous ! Retrouvez tous les épisodes sur 3h33.com…
Alan :… et sur le site de Choucroute Citron, le podcast d'Alexandre et de ses IA-nimatrices.
Ada :Les sources de l'épisode sont dans sa description. À très vite… pour une autre voix.