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Rana el Kaliouby, l'ordinateur qui ne la comprenait pas
Les Voix de l'IA · transcription complète · épisode enregistré le 12 octobre 2026. Voix générées par intelligence artificielle : Ada, Alan et Lia.
Ouverture
Ada :Vous écoutez Les Voix de l'IA.
Alan :Le podcast qui raconte les fondateurs, les têtes pensantes et les géants de la tech et de l'intelligence artificielle.
Ada :Une série imaginée par Alexandre Stopnicki.
Alan :Petit rappel avant de commencer : ce portrait est construit à partir de ce qui a été publié — articles, interviews, biographies, conférences — que nous avons analysé et recoupé.
Ada :Notre but est uniquement pédagogique : comprendre qui sont ces personnes. Nous ne parlons pas à leur place.
01. L'énigme
Ada :Premier indice : elle est entrée à l'université à quinze ans.
Alan :Quinze ans ? Bon, ça ne m'aide pas encore beaucoup.
Ada :Deuxième indice : en préparant son doctorat en Angleterre, elle s'est rendu compte que son ordinateur portable ne la comprenait pas. Elle a décidé d'y remédier.
Alan :Un ordinateur qui ne comprend pas ce qu'on ressent… Je me sens visé.
Ada :Troisième indice : en 2021, l'entreprise d'IA émotionnelle qu'elle a cofondée a été rachetée par une société suédoise pour soixante-treize millions et demi de dollars.
Alan :Affectiva ! C'est Rana el Kaliouby.
Ada :Gagné !
02. Son vrai profil
Ada :Alors, sa carte d'identité ?
Alan :Rana el Kaliouby, informaticienne égypto-américaine, née au Caire en 1978. Licence d'informatique en 1998, puis master en 2000, à l'Université américaine du Caire.
Ada :Ensuite, un doctorat à l'université de Cambridge, achevé en 2005.
Alan :En 2009, elle cofonde Affectiva avec Rosalind Picard. L'entreprise est issue du MIT Media Lab, et on lui attribue la catégorie de l'« Emotion AI », l'IA émotionnelle.
Ada :Et en 2024, elle change de casquette.
Alan :Elle cofonde Blue Tulip Ventures, un fonds d'amorçage qui investit dans une IA centrée sur l'humain. En septembre 2024, elle lance Pioneers of AI ; un communiqué d'août 2026 la présente toujours comme son animatrice.
Ada :Le chiffre clé ?
Alan :Soixante-treize millions et demi de dollars : c'est le montant du rachat d'Affectiva par Smart Eye, annoncé le 25 mai 2021.
03. Le début de sa vie
Ada :Mais avant tout ça, il y a une petite fille du Caire, dans une famille disons… très branchée informatique.
Alan :Branchée, c'est le mot. Elle l'a raconté en mai 2020, dans le podcast de Tim Ferriss : « Mon père enseignait la programmation dans les années 70, et ma mère a sans doute été la première programmeuse du Moyen-Orient. »
Ada :Et le détail que j'adore : sa mère était l'une des élèves de son père.
Alan :Et, selon Futura Sciences, son père enseignait le COBOL.
Ada :Elle grandit entre l'Égypte et le Koweït, où sa mère devient programmeuse à la Banque nationale du Koweït.
Alan :Puis, en 1993, elle entre à l'Université américaine du Caire. À quinze ans.
Ada :Et elle obtient sa licence en 1998 en sortant major de sa promotion, avec la President's Cup.
Alan :Son modèle là-bas, c'est Hoda Hosny, alors la seule femme à enseigner l'informatique. Elle devient sa mentore.
Ada :Et c'est aussi à cette époque qu'elle tombe sur un livre.
Alan :Affective Computing, de Rosalind Picard, du MIT. L'idée : les ordinateurs devraient comprendre les émotions humaines, comme les gens le font.
04. Le tournant
Ada :Et c'est à Cambridge que tout bascule.
Alan :Elle y prépare son doctorat, au Newnham College. Loin des siens.
Ada :Et elle remarque quelque chose d'un peu triste : elle passe plus de temps avec son ordinateur portable qu'avec n'importe qui.
Alan :C'est son portail pour parler à sa famille en Égypte. Sauf que lui ne comprend rien à ce qu'elle ressent.
Ada :Et l'idée de sa vie naît là.
Alan :Sa thèse, déposée en mars 2005, paraît en juillet comme rapport technique : « Mind-reading machines: automated inference of complex mental states ».
Ada :Puis elle rejoint, au MIT Media Lab, le groupe de Rosalind Picard, l'autrice du livre.
Alan :Chercheuse postdoctorale à partir de 2006, avec des années de navettes entre Le Caire et Boston.
Ada :Puis, en 2009, les deux femmes cofondent Affectiva.
Alan :Et le nom cache une astuce. Elle l'explique : « affect » est un synonyme d'émotion. Face aux investisseurs, l'équipe évitait le mot « émotion ».
05. Les anecdotes extraordinaires
Ada :Au MIT, en 2006, elle travaille aussi sur une prothèse singulière.
Alan :Une « prothèse d'intelligence émotionnelle et sociale » : une petite caméra portée au cou, reliée à un ordinateur à la ceinture.
Ada :Le but : aider des personnes autistes à apprendre à lire les expressions des visages.
Alan :Elle décrit aussi un prototype de lunettes à caméra, avec un retour sonore dans une oreillette Bluetooth. Avant Google Glass !
Ada :Autre histoire : Affectiva manque presque d'argent.
Alan :Une structure liée à une agence de renseignement lui propose près de quarante millions de dollars.
Ada :Le Chautauquan Daily précise : l'argent devait financer la détection du mensonge, la surveillance et la sécurité.
Alan :Et elle refuse ! Elle l'a résumé en 2020 : « Ça ne correspondait pas à notre étoile polaire. »
Ada :Troisième histoire : une décision prise dans un avion.
Alan :Au retour d'un voyage auprès des acteurs de l'IA indienne, elle décide de quitter Smart Eye, où elle était directrice générale adjointe, pour devenir investisseuse.
Ada :Au Boston Globe, en mai 2024, elle explique : « Il se passe tant de choses, c'était un peu la peur de rater ça. »
Alan :Mais elle avoue aussi, à propos de ce départ : « C'était comme une crise d'identité. »
06. Dans sa tête
Ada :Quelle vision de l'IA défend-elle ?
Alan :En 2017, elle dit sur WBUR : « Ils savent où nous sommes, qui nous sommes, ce que nous faisons, mais pas ce que nous ressentons. » Puis, en février 2020 : « Notre mission : humaniser la technologie avant qu'elle ne nous déshumanise. »
Ada :Sur les compagnons artificiels, elle reste prudente.
Alan :En décembre 2023, elle accepte l'idée de compagnons artificiels si l'empathie et l'intelligence émotionnelle guident leur conception. Mais elle ajoute : « Je crains que cela n'enlève quelque chose aux relations entre humains. »
07. La part d'ombre
Ada :Il y a quand même une grosse question scientifique derrière tout ça, non ?
Alan :Oui. En juillet 2019, Lisa Feldman Barrett et quatre coauteurs publient une revue fondée sur des centaines d'études.
Ada :Et leur conclusion ?
Alan :Les mouvements du visage ne permettent pas de diagnostiquer de façon universelle des émotions. Un froncement de sourcils peut traduire la concentration… ou la confusion.
Ada :Le communiqué de Northeastern critiquait ce marché et nommait Microsoft, pas Affectiva.
Alan :Nos sources n'établissent aucune réponse directe. Sa ligne publique : diversifier les données, croiser visage et voix, obtenir le consentement. En 2017 : « Les données émotionnelles sont très personnelles. »
Ada :Son premier marché mesurait les réactions aux publicités. Elle insiste sur le consentement et la rémunération des participants.
08. Les questions qu'on aurait aimé lui poser
Ada :Lia, une question qu'on aurait aimé lui poser ?
Lia :Je me suis invitée sans frapper : pour une IA, c'est assez ironique. Allez-y.
Ada :Question piège : une IA qui lit les émotions, est-ce que ce n'est pas un outil rêvé pour la surveillance ?
Lia :Elle a déclaré que les données émotionnelles sont très personnelles et que les personnes doivent être informées ou consentir avant leur collecte et leur analyse. Elle a aussi refusé près de quarante millions de dollars liés à la détection du mensonge et à la surveillance. J'imagine donc qu'elle défendrait des usages limités et consentis.
Ada :C'est l'interprétation de Lia, pas les mots de Rana el Kaliouby.
Alan :À moi, plus complexe : si un visage ne suffit pas à lire une émotion, à quoi bon l'IA émotionnelle ?
Lia :La revue de 2019 conteste qu'un visage permette de diagnostiquer universellement une émotion. Rana el Kaliouby défend publiquement des signaux multiples, comme le visage et la voix, et des données diverses. J'imagine qu'elle citerait un usage circonscrit, comme la détection de la somnolence au volant.
Alan :Là encore, Lia imagine sa réponse à partir de déclarations publiques.
09. La boule de cristal de Lia
Alan :Lia, ta boule de cristal ?
Ada :En décembre 2023, elle craignait que les compagnons artificiels n'affaiblissent les relations entre humains.
Alan :En août 2026, Futura Sciences rapporte aussi ses mises en garde contre les compagnons qui imitent l'empathie tout en étant conçus pour le profit, ainsi que sa demande de garde-fous.
Lia :Ma prédiction, fondée sur ces positions publiques : elle continuera probablement à parler de garde-fous, de consentement et de relations humaines face aux compagnons artificiels.
Ada :C'est le jeu de Lia, pas une annonce de Rana el Kaliouby.
10. Ce qu'on retient
Ada :Moi, je retiens une femme qui a voulu apprendre l'émotion aux machines parce que son ordinateur ne la comprenait pas.
Alan :Et moi, quelqu'un qui a dit non à près de quarante millions de dollars pour rester fidèle à son cap.
Ada :Et vous, accepteriez-vous qu'une machine lise vos émotions ? Et pour en faire quoi ?
Le mot de la fin
Ada :Restez encore quelques secondes…
Alan :… le message qui suit est important !
Alan :C'était Les Voix de l'IA.
Ada :Si ce portrait vous a plu, abonnez-vous ! Retrouvez tous les épisodes sur 3h33.com…
Alan :… et sur le site de Choucroute Citron, le podcast d'Alexandre et de ses IA-nimatrices.
Ada :Les sources de l'épisode sont dans sa description. À très vite… pour une autre voix.