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Morris Chang : l'homme qui a inventé l'usine des puces des autres

Les Voix de l'IA · transcription complète · épisode enregistré le 12 octobre 2026. Voix générées par intelligence artificielle : Ada, Alan et Lia.

Ouverture

Ada :

Vous écoutez Les Voix de l'IA.

Alan :

Le podcast qui raconte les fondateurs, les têtes pensantes et les géants de la tech et de l'intelligence artificielle.

Ada :

Une série imaginée par Alexandre Stopnicki.

Alan :

Petit rappel avant de commencer : ce portrait est construit à partir de ce qui a été publié — articles, interviews, biographies, conférences — que nous avons analysé et recoupé.

Ada :

Notre but est uniquement pédagogique : comprendre qui sont ces personnes. Nous ne parlons pas à leur place.

01. L'énigme

Ada :

Premier indice : il voulait devenir romancier, et son père lui a répondu qu'il risquait de mourir de faim.

Alan :

Un écrivain contrarié ? Ça ne m'aide pas du tout.

Ada :

Deuxième indice : en 1955, il choisit son premier employeur pour un dollar de différence par mois.

Alan :

Un dollar… Quelqu'un qui sait compter, donc.

Ada :

Troisième indice : en 1987, il fonde à Taïwan TSMC, qui fabrique des puces conçues par Nvidia, AMD et Apple.

Alan :

Alors là, c'est Morris Chang, le fondateur de TSMC !

Ada :

Gagné, Alan.

02. Son vrai profil

Alan :

Morris Chang naît le 10 juillet 1931 à Ningbo, en Chine, et devient citoyen américain en 1962.

Ada :

Entré à Harvard en 1949, il étudie le génie mécanique au MIT, puis obtient un doctorat à Stanford en 1964.

Alan :

Après avoir dirigé les semi-conducteurs de Texas Instruments, il fonde TSMC en 1987 et invente la fonderie pure : fabriquer les puces conçues par d'autres.

Ada :

Morris Chang quitte toute fonction chez TSMC le 5 juin 2018. Le 4 juin 2024, C.C. Wei devient président du conseil et directeur général.

Alan :

Au deuxième trimestre 2026, TrendForce estimait la part de TSMC dans la fonderie mondiale à 72,5 %.

Ada :

Presque les trois quarts du marché.

03. Le début de sa vie

Ada :

Derrière ce parcours, il y a un enfant qui grandit dans une Chine en guerre. Son père travaille dans les finances publiques, puis dirige une banque.

Alan :

Son enfance est marquée par des déplacements successifs : Nankin, Canton, Hong Kong, Chongqing, puis Shanghai.

Ada :

Il l'a résumé en 2007, au Computer History Museum : « Ces trois choses, la guerre, la pauvreté et l'injustice, ont dominé le décor dans lequel j'ai grandi. »

Alan :

À Hong Kong, les Japonais attaquent le jour même de Pearl Harbor. Il raconte deux semaines sous les tirs, puis l'occupation.

Ada :

Et malgré tout, son rêve, c'est d'écrire ! Romancier ou journaliste.

Alan :

Son père l'en dissuade. Chang raconte en 2022 : « Si tu ne veux pas mourir de faim, tu ferais mieux de faire autre chose, d'apprendre autre chose. »

Ada :

Message reçu. En juillet 1949, il entre à Harvard, seul étudiant chinois parmi environ mille cent étudiants.

Alan :

Puis il passe au MIT, qui l'a profondément marqué. Mais là, premier vrai coup dur : il échoue à l'examen d'entrée en doctorat.

Ada :

Après cet échec, il part travailler dans l'industrie.

04. Le tournant

Alan :

Après son ascension chez Texas Instruments, il est mis à l'écart à partir de 1978. Il dit s'être senti « mis au pré ».

Ada :

En 1985, il accepte de présider l'ITRI, l'institut public de recherche industrielle de Taïwan, pour une rémunération bien moindre.

Alan :

K.T. Li lui demande un projet d'entreprise de semi-conducteurs, puis une présentation « dans quatre jours, je crois », selon Chang.

Ada :

Quatre jours pour bâtir un projet industriel ?

Alan :

Taïwan n'a alors ni recherche, ni conception, ni marketing, ni brevets, mais dispose d'un potentiel de fabrication. L'idée : produire pour les autres.

Ada :

Il l'a décrite ainsi en 2007 : « On pourrait dire que c'était le choix le moins mauvais. »

Alan :

L'accueil est glacial : « Mais qu'est-ce que Taïwan fabrique ? Qu'est-ce que Morris Chang fabrique ? » Intel et Texas Instruments refusent d'investir.

Ada :

Philips accepte : un peu plus d'un quart du capital. L'État prend près de la moitié, de grandes familles taïwanaises le reste.

Alan :

TSMC naît le 21 février 1987. Avant la fin de l'année, Intel devient son premier client américain.

05. Les anecdotes extraordinaires

Ada :

Une autre histoire remonte à 1955 : Ford lui offre 479 dollars par mois, et Sylvania 480.

Alan :

Il demande à Ford de s'aligner. Ford refuse. Et il entre dans les semi-conducteurs… pour un dollar.

Ada :

Il en apprend seul la physique grâce au livre de William Shockley.

Alan :

Chez Texas Instruments, sa ligne de transistors pour IBM ne produit que des rebuts. Trois ans après son arrivée, le rendement atteint soudain 25 à 30 %.

Ada :

Et il raconte : « je n'arrivais pas à dormir tant j'étais excité ». Il cite ce jour parmi les plus fiers de sa vie.

Alan :

Autre surprise : il n'a reçu aucune action comme fondateur de TSMC. En 2011, il disait : « Sur ce plan, je m'en suis vraiment très mal tiré. »

Ada :

Tout en précisant qu'il était bien rémunéré et qu'il avait investi ses économies dans TSMC.

Alan :

L'écrivain contrarié publie deux tomes de mémoires, en 1998 et en 2024. En août 2025, il écarte un troisième tome : « Je n'en écrirai plus, je n'ai pas de rêve d'écrivain. »

Ada :

Le même mois, à 94 ans, il était capitaine d'une équipe de l'université nationale de Taïwan dans un tournoi de bridge.

06. Dans sa tête

Ada :

Mais qu'a-t-il déclaré publiquement sur l'intelligence artificielle ?

Alan :

Honnêtement, il en a très peu parlé en public. Mais en 2011, il résumait le rôle de TSMC : « Sans nous, l'innovation dans l'industrie aurait ralenti. »

Ada :

Selon des propos rapportés le 9 décembre 2024, il convient qu'Intel a manqué des occasions et est resté à l'écart de l'essor de l'IA.

Alan :

La vision de TSMC est surtout portée par C.C. Wei. Interrogé sur la demande d'IA en janvier 2026, il reconnaît : « Ça me rend nerveux, moi aussi. »

Ada :

Puis, après avoir interrogé les géants du cloud : « l'IA est réelle, et même plus : elle commence à entrer dans notre vie quotidienne ».

Alan :

Le 29 janvier 2026, Jensen Huang dit de Morris Chang : « Parler avec Morris vous rend toujours très affûté, et j'apprends toujours beaucoup. »

07. La part d'ombre

Ada :

Tout n'a pas fait l'unanimité. En avril 2022, parlant des usines américaines subventionnées, il déclare : « Je pense que ce sera un exercice futile et très coûteux. »

Alan :

Il cite WaferTech, à Camas, près de Portland : selon lui, le même produit y coûtait environ 50 % de plus qu'à Taïwan.

Ada :

Sur l'Arizona, il répond que TSMC a agi « à la demande pressante du gouvernement américain ». Alors retraité, il attribue la décision à Mark Liu.

Alan :

Le contrepoint : en juillet 2026, TSMC a porté son engagement en Arizona à 265 milliards de dollars, tout en prévoyant une érosion de sa marge liée aux usines étrangères.

Ada :

Et en décembre 2022, en Arizona, selon une transcription de son discours : « La mondialisation est presque morte. Le libre-échange est presque mort. »

08. Les questions qu'on aurait aimé lui poser

Alan :

Lia, une question qu'on aurait aimé lui poser ?

Lia :

Avec plaisir. Quelle question avez-vous choisie ?

Ada :

Bienvenue, Lia ! Question piège : « Monsieur Chang, au fond, vous ne regrettez pas d'avoir abandonné le roman ? »

Lia :

En août 2025, Morris Chang a déclaré : « Je n'en écrirai plus, je n'ai pas de rêve d'écrivain. » En 2007, il conseillait de suivre ses centres d'intérêt plutôt que l'argent. À partir de là, j'imagine qu'il répondrait ne pas regretter son choix. C'est mon hypothèse, pas ses mots.

Alan :

Ma question est plus délicate : « En 2022, vous parliez d'un exercice futile et très coûteux. En juillet 2026, TSMC a porté son engagement en Arizona à 265 milliards de dollars. Votre diagnostic tient-il toujours ? »

Lia :

En 2022, Morris Chang rappelait être retraité et disait que la décision appartenait au président en fonction. Il estimait aussi le coût d'un même produit chez WaferTech supérieur d'environ 50 % à celui de Taïwan. J'imagine donc qu'il maintiendrait ses réserves, mais c'est mon hypothèse.

Ada :

Merci, Lia : ses propos publics d'abord, ton hypothèse ensuite.

09. La boule de cristal de Lia

Alan :

Lia, ta boule de cristal ?

Lia :

Morris Chang expliquait que TSMC permettait aux ingénieurs de créer leur société sans financer une usine. Ma prédiction, fondée sur cette idée : une puce d'IA très remarquée pourrait venir d'une petite société sans usine.

Ada :

Rappel important : c'est un jeu, pas une information. Merci, Lia !

10. Ce qu'on retient

Ada :

Je retiens qu'un examen raté et un dollar de différence peuvent infléchir tout un parcours.

Alan :

Et moi, qu'il a bâti un géant sur une idée : ne pas concurrencer ses clients, mais produire pour eux.

Ada :

Et vous, dans votre vie, quel « choix le moins mauvais » s'est finalement révélé le meilleur ?

Le mot de la fin

Ada :

Restez encore quelques secondes…

Alan :

… le message qui suit est important !

Alan :

C'était Les Voix de l'IA.

Ada :

Si ce portrait vous a plu, abonnez-vous ! Retrouvez tous les épisodes sur 3h33.com…

Alan :

… et sur le site de Choucroute Citron, le podcast d'Alexandre et de ses IA-nimatrices.

Ada :

Les sources de l'épisode sont dans sa description. À très vite… pour une autre voix.