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Kate Crawford : l'IA, ni artificielle ni intelligente
Les Voix de l'IA · transcription complète · épisode enregistré le 12 octobre 2026. Voix générées par intelligence artificielle : Ada, Alan et Lia.
Ouverture
Ada :Vous écoutez Les Voix de l'IA.
Alan :Le podcast qui raconte les fondateurs, les têtes pensantes et les géants de la tech et de l'intelligence artificielle.
Ada :Une série imaginée par Alexandre Stopnicki.
Alan :Petit rappel avant de commencer : ce portrait est construit à partir de ce qui a été publié — articles, interviews, biographies, conférences — que nous avons analysé et recoupé.
Ada :Notre but est uniquement pédagogique : comprendre qui sont ces personnes. Nous ne parlons pas à leur place.
01. L'énigme
Ada :Premier indice. Pour ouvrir son livre sur l'intelligence artificielle, elle a sauté dans un van, direction une mine de lithium, plutôt que de visiter un laboratoire.
Alan :Une mine ? Pour parler d'IA ? D'accord, tu as mon attention.
Ada :Deuxième indice. Bien avant ça, en Australie, elle composait de la musique électronique.
Alan :Australienne, musicienne, et une mine comme point de départ… Je sèche encore.
Ada :Troisième indice. En 2025, une fresque d'au moins vingt-quatre mètres, créée avec un artiste serbe, reçoit un Lion d'argent à la Biennale d'architecture de Venise.
Alan :Calculating Empires ! C'est Kate Crawford !
Ada :Bravo. Kate Crawford.
02. Son vrai profil
Alan :La carte d'identité, alors. Kate Crawford est australienne, installée aux États-Unis.
Ada :Côté études, l'Université de Sydney la présente comme une ancienne élève, et comme professeure honoraire.
Alan :En 2026, elle occupait notamment deux postes : professeure de recherche en communication à l'USC Annenberg, à Los Angeles, et chercheuse principale senior chez Microsoft Research, à New York.
Ada :En 2017, elle cofonde aussi l'AI Now Institute à l'université de New York, avec Meredith Whittaker. Le premier institut de recherche en IA fondé et dirigé par des femmes, selon l'université.
Alan :Le chiffre clé : en 2026, son site indiquait que son livre Atlas of AI, paru en 2021, avait été traduit en quatorze langues.
03. Le début de sa vie
Ada :Mais avant les livres, il y a la musique. Au début des années 1990, à Canberra, elle forme un duo électronique avec Nicole Skeltys.
Alan :Et le duo s'appelle ?
Ada :B(if)tek. Ça se prononce « Bif-tèk », mais ça s'écrit avec des parenthèses autour du « if ».
Alan :Un steak conditionnel. J'adore.
Ada :Trois albums. Le premier, Sub-Vocal Theme Park, sort en 1996, tiré à seulement cinq cents exemplaires.
Alan :Et en 1999, leur morceau « Bedrock » est nommé aux ARIA Awards, les récompenses de la musique australienne, dans la catégorie meilleure sortie dance.
Ada :Le prix est allé à Josh Abrahams. Mais quand même : nommée aux ARIA avant d'écrire sur l'IA !
Alan :Côté université, en 2006, elle publie Adult Themes, sur la façon de réécrire les règles de l'âge adulte. Le livre reçoit le prix individuel du Manning Clark House National Cultural Award.
Ada :Et en 2008, professeure associée à l'université de Nouvelle-Galles du Sud, elle reçoit la médaille Max Crawford de l'Académie australienne des humanités.
Alan :Crawford, médaille Crawford. Ça ne s'invente pas.
04. Le tournant
Ada :Et en septembre 2019, sa méthode rencontre le grand public. Avec un selfie.
Alan :Attends… un selfie ?
Ada :Avec l'artiste Trevor Paglen, elle met en ligne ImageNet Roulette. Vous envoyez votre photo, et l'application vous classe selon les catégories de personnes de la base ImageNet.
Alan :Et ImageNet, c'est l'une des bases d'images qui ont lancé l'apprentissage profond. Pas un petit fichier oublié dans un coin.
Ada :Sauf que les étiquettes renvoyées sont souvent racistes, misogynes ou absurdes. L'appli devient virale.
Alan :Quelques jours plus tard, ImageNet annonce retirer six cent mille images de personnes, et juge quatre cent trente-huit catégories offensantes, quel que soit le contexte.
Ada :Précision importante : ImageNet attribue ce retrait à une année de travail sur les problèmes d'équité liés à la collecte des données.
Alan :Le duo, lui, estime que l'appli a atteint ses objectifs, et que l'équipe d'ImageNet est en train de faire le premier pas.
Ada :Leur essai, Excavating AI, le résume en une phrase : « Les images ne se décrivent pas elles-mêmes. »
05. Les anecdotes extraordinaires
Alan :Des histoires étonnantes, elle en a d'autres. En 2018, avec l'artiste serbe Vladan Joler, elle dissèque une enceinte connectée.
Ada :Sur le papier, rassurez-vous. Anatomy of an AI System, c'est une carte qui suit une Amazon Echo sur tout son cycle de vie.
Alan :Bilan : prix Beazley Design of the Year en 2019, plus de cent expositions selon son site, et une place dans les collections permanentes du MoMA et du V&A.
Ada :Deuxième anecdote, pour les amateurs de coïncidences. Le deuxième album de B(if)tek, sorti en août 2000, s'appelle… 2020.
Alan :Deux mille vingt, sorti en l'an deux mille. Je ne fais aucun commentaire, mais je n'en pense pas moins.
Ada :Troisième histoire, et elle se passe en France. Le 18 septembre 2019, elle devient la première personnalité invitée d'une nouvelle chaire de l'École normale supérieure, à Paris.
Alan :Une chaire « Intelligence artificielle et justice ». Ce jour-là, elle dialogue avec l'économiste Daniel Cohen.
Ada :Et en septembre 2026, Calculating Empires a fait son entrée au MoMA, à New York.
Alan :Cette fresque retrace cinq siècles de technologie et de pouvoir. Elle a demandé quatre ans de travail et réunit des milliers de textes et d'illustrations faits à la main.
06. Dans sa tête
Ada :Alors, dans ses travaux, l'IA, c'est quoi ?
Alan :Elle l'a dit le 6 juillet 2021, à l'Université de Sydney : « Elle n'est ni artificielle ni intelligente. Elle est profondément matérielle. »
Ada :Matérielle : des minerais, de l'énergie, du travail humain et des données. En 2021, elle présentait Silver Peak, dans le Nevada, comme la seule mine de lithium en activité aux États-Unis.
Alan :Et derrière la matière, le pouvoir. En mars 2026, elle disait que la vraie question est de savoir « qui a le pouvoir de fixer les règles dans lesquelles nous allons vivre ».
Ada :Dès 2016, dans la revue Nature, avec le juriste Ryan Calo, elle expliquait que les peurs sur l'IA future détournent l'attention des risques des systèmes déjà déployés.
Alan :Mais pas de technophobie. En 2017, elle parlait d'« avantages potentiels extraordinaires », tout en ajoutant que l'IA peut « comporter de vrais risques ».
07. La part d'ombre
Ada :Évidemment, tout le monde n'est pas d'accord avec elle.
Alan :Une critique documentée vise Training Humans, exposée à Milan en 2019. Des visages issus de bases d'entraînement y étaient montrés ; un chercheur et une critique ont dénoncé l'absence de consentement préalable.
Ada :Le chercheur Michael J. Lyons, dont la base de visages était exposée, y voit en 2020 une position contradictoire sur le consentement. La critique Gaia Tedone soulève aussi des problèmes éthiques.
Alan :Côté réponse : selon Gaia Tedone, les artistes avaient prévu la possibilité de demander le retrait d'une image.
Ada :Trevor Paglen, et non Kate Crawford, rattachait ces images à « une longue tradition de captation de l'image des gens sans leur consentement ». Le propos de l'exposition n'a pas éteint la critique.
Alan :Elle conteste aussi la priorité donnée au risque existentiel de l'IA. C'est un désaccord de fond, sans disqualifier les arguments du camp adverse.
08. Les questions qu'on aurait aimé lui poser
Ada :Lia, une question qu'on aurait aimé lui poser ?
Lia :Bonjour ! Je vous écoute : quelle question aimeriez-vous lui poser ?
Ada :Ma question : comment mène-t-elle une critique de la concentration du pouvoir technologique tout en travaillant chez Microsoft Research ?
Lia :Elle n'a pas répondu publiquement à cette question précise dans les sources consultées jusqu'en octobre 2026. Chez Microsoft Research, elle a cofondé FATE, consacré à l'équité, la responsabilité, la transparence et l'éthique de l'IA. Je ne lui prêterai pas de réponse.
Alan :Ma question, plus complexe : en mars 2026, elle décrivait l'intelligence des agents comme des « probabilités statistiques à grande échelle ». Alors pourquoi pourraient-ils être si dangereux ?
Ada :Des probabilités statistiques à grande échelle… Alan, on se sent un peu visés, non ?
Lia :Ses propos publics donnent une piste. Au Mobile World Congress, elle disait que l'accès des agents à nos brouillons, images effacées et conversations enregistrées « bouleverse la vie privée telle que nous l'avons connue ». Elle évoquait des failles de sécurité et réclamait « une chaîne de responsabilité très solide ». Je n'irai pas au-delà.
Alan :Des propos rapportés par le magazine Fortune, le 12 mars 2026.
09. La boule de cristal de Lia
Alan :Lia, ta boule de cristal ?
Lia :Deux faits publics : Kate Crawford a alerté sur les agents en mars 2026, puis elle a travaillé sur un nouveau livre à Berlin en août. Ma supposition d'IA, rien de plus : ce livre pourrait consacrer une place importante aux agents.
Ada :Pari de Lia, pas annonce de Kate Crawford : dans son annonce du 30 juillet 2026, l'Institut Weizenbaum ne donnait ni titre ni sujet. Ce n'est qu'un jeu.
10. Ce qu'on retient
Ada :Moi, je retiens une chercheuse qui commence par la mine plutôt que par le mythe.
Alan :Et moi, une méthode : rendre visible, par l'art et l'enquête, ce que cachent les systèmes.
Ada :Et vous, si vous deviez dessiner la carte de votre téléphone, de la mine jusqu'à sa fin de vie, par où commenceriez-vous ?
Le mot de la fin
Ada :Restez encore quelques secondes…
Alan :… le message qui suit est important !
Alan :C'était Les Voix de l'IA.
Ada :Si ce portrait vous a plu, abonnez-vous ! Retrouvez tous les épisodes sur 3h33.com…
Alan :… et sur le site de Choucroute Citron, le podcast d'Alexandre et de ses IA-nimatrices.
Ada :Les sources de l'épisode sont dans sa description. À très vite… pour une autre voix.