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Joëlle Pineau : de l'alto à l'IA transparente
Les Voix de l'IA · transcription complète · épisode enregistré le 12 octobre 2026. Voix générées par intelligence artificielle : Ada, Alan et Lia.
Ouverture
Ada :Vous écoutez Les Voix de l'IA.
Alan :Le podcast qui raconte les fondateurs, les têtes pensantes et les géants de la tech et de l'intelligence artificielle.
Ada :Une série imaginée par Alexandre Stopnicki.
Alan :Petit rappel avant de commencer : ce portrait est construit à partir de ce qui a été publié — articles, interviews, biographies, conférences — que nous avons analysé et recoupé.
Ada :Notre but est uniquement pédagogique : comprendre qui sont ces personnes. Nous ne parlons pas à leur place.
01. L'énigme
Ada :Premier indice : elle a joué de l’alto dans un orchestre symphonique, avant de trouver l’entraînement de cinq ou six heures par jour trop aride.
Alan :Une musicienne ?
Ada :Deuxième indice : en 2017, à Montréal, elle prend la tête d'un nouveau laboratoire d'IA de Facebook, annoncé devant Justin Trudeau.
Ada :Troisième indice : en août 2025, après huit ans environ chez Meta, une entreprise canadienne l'annonce comme sa toute première directrice de l'IA.
Alan :Cohere ! Alors c'est Joëlle Pineau !
Ada :Gagné, Alan.
02. Son vrai profil
Alan :Pour la situer : Joëlle Pineau est canadienne, née en 1974 à Ottawa.
Ada :Côté études : un baccalauréat en génie de conception des systèmes à Waterloo, en 1998. Puis une maîtrise et un doctorat en robotique à Carnegie Mellon, aux États-Unis.
Alan :Sa spécialité, c'est l'apprentissage par renforcement et la planification sous incertitude. Depuis 2004, elle est professeure à McGill.
Ada :Annoncée à ce poste en août 2025, elle devient en septembre la première Chief AI Officer, la directrice de l’IA, de Cohere. Fondée en 2019, l’entreprise vend des modèles et des agents aux entreprises et aux administrations.
Alan :Mon chiffre : chez Meta, elle a dirigé FAIR, la recherche fondamentale en IA. Environ mille chercheurs, sur une dizaine de sites.
03. Le début de sa vie
Ada :Côté famille, elle l'a raconté en 2018 : pas de chercheurs, plutôt des musiciens et des fonctionnaires.
Alan :Des musiciens… d'où l'alto !
Ada :Exactement. Elle a été altiste à l'Orchestre symphonique d'Ottawa. Mais s'exercer cinq ou six heures par jour lui paraissait trop aride. Les maths, c'était, je cite, plus divertissant.
Alan :Les maths, plus divertissantes que la musique !
Ada :Son tout premier rêve, confié en 2024 : devenir bibliothécaire.
Alan :À Waterloo, sa porte d'entrée vers l'IA, c'est un robot marcheur à six pattes. Elle travaille sur ses sonars, ses oreilles en quelque sorte.
Ada :Puis Carnegie Mellon. En 2017, elle explique que c'était la seule université à l'époque à offrir des études supérieures en robotique. Et elle ajoute : j'ai toujours su que je reviendrais au Canada.
Alan :Dans son programme, une douzaine de femmes pour une centaine d'hommes. Sa réponse, en 2018 : à douze, il y a toujours moyen de trouver des copines pour la vie.
04. Le tournant
Ada :Et justement, elle revient. En 2004, elle devient professeure à McGill. À l'époque, il n'existe aucun laboratoire industriel d'IA à Montréal.
Alan :Le 15 septembre 2017, Facebook annonce à McGill, en présence de Justin Trudeau, son premier investissement de recherche au Canada : FAIR Montréal. Et c'est elle qui le dirige.
Ada :Dix chercheurs au départ, plus de trente visés, et plus de sept millions de dollars promis à l'écosystème montréalais.
Alan :Son argument, ce jour-là, dans notre traduction : j'ai vu bien trop de collègues et d'étudiants talentueux quitter Montréal.
Ada :Elle garde son poste de professeure. Et elle pose une condition, racontée en 2018 : pouvoir publier et partager le code en open source. Des valeurs importantes pour elle, dit-elle.
Alan :En six ans, elle passe de ce petit labo à toute la recherche fondamentale de Meta, en mars 2023.
Ada :Deuxième virage en 2025 : elle annonce son départ de Meta le 1er avril. Le 14 août, jour où Cohere annonce son recrutement, elle précise au Globe and Mail que son choix n’est pas un vote de protestation contre l’intelligence artificielle générale.
05. Les anecdotes extraordinaires
Ada :Première histoire : elle se passe dans un cockpit.
Alan :Un cockpit ?
Ada :Selon un portrait publié par le Financial Times en octobre 2024, et comme le raconte également un profil consacré à son parcours, elle a aidé à entraîner un système de reconnaissance vocale pour pilotes d’hélicoptère. Faute de pilote femme disponible, elle s’est installée dans le cockpit pour enregistrer des voix.
Alan :Il manquait des voix féminines, et la solution était dans l'équipe.
Ada :Deuxième histoire : Pearl, un robot d’assistance au cœur de sa thèse de 2004. Il a été testé pendant deux jours avec des résidents âgés d’une maison de retraite.
Alan :Sa mission : aller chercher un résident et l'accompagner à la physiothérapie. La difficulté, selon la thèse : beaucoup de personnes âgées avancent extrêmement lentement, cinq centimètres par seconde par exemple.
Ada :Une tâche très lourde pour le personnel. D'où l'intérêt du robot.
Alan :Troisième histoire, en mai 2022 chez Meta : le modèle OPT, cent soixante-quinze milliards de paramètres.
Ada :Livré avec son code… et avec un journal de bord de plus de cent pages, qui consigne les pannes et les redémarrages de l'entraînement.
Alan :Le carnet des galères, partagé avec le modèle.
06. Dans sa tête
Ada :Et ses grands principes ?
Alan :La transparence. Elle l'a dit en mai 2022, à la MIT Technology Review : je crois que la seule façon de bâtir la confiance, c'est la transparence extrême.
Ada :Et le travail collectif. En juin 2024 : la science ne se fait pas en silo.
Alan :Ça rejoint son travail sur la reproductibilité. En 2019, sa liste de contrôle est imposée aux soumissions de NeurIPS, une grande conférence d’IA.
Ada :Côté risques, elle a dit en 2024 ne pas passer beaucoup de temps à planifier la menace existentielle. Ses priorités : les biais des modèles, et leur anglocentrisme.
Alan :Et en août 2025, en arrivant chez Cohere : je m'intéresse à de vraies solutions, plutôt qu'à beaucoup de discours et au battage.
07. La part d'ombre
Ada :Il y a aussi des critiques. D'abord sur les modèles ouverts de Meta.
Alan :OPT était accessible sur demande, pour un usage non commercial. La licence de Llama 2 excluait les entreprises de plus de sept cents millions d'utilisateurs. Et l'Open Source Initiative conteste l'étiquette « open source ».
Ada :Sa réponse, en mai 2022 : nous croyons fermement que la possibilité pour d'autres d'examiner votre travail est une part importante de la recherche.
Alan :Autre moment délicat : le 13 avril 2026, une députée canadienne lui demande si Cohere restera détenue par des Canadiens et si son siège restera au Canada. Après avoir refusé de spéculer, elle répond : ce n’est pas mon rôle de commenter cela.
Ada :Le lendemain, sur X : je veux être parfaitement claire, le Canada est notre maison et notre siège restera toujours ici.
Alan :Puis l'accord de fusion avec l'allemande Aleph Alpha, signé le 16 septembre 2026 et en attente d'approbation, prévoit deux sièges : Berlin et Toronto. Toronto reste un siège, mais plus le seul.
08. Les questions qu'on aurait aimé lui poser
Alan :Lia, une question qu'on aurait aimé lui poser ?
Lia :Bonjour ! J’ai vu de la lumière chez Ada et Alan… alors je me suis invitée.
Ada :Bienvenue, Lia ! Ma question piège : Meta, ça vous manque ?
Lia :En 2025, Joëlle Pineau a dit avoir passé environ huit ans chez Meta, à travers plusieurs cycles politiques. Elle a aussi déclaré que le moment était venu de recentrer son énergie. À partir de ces propos publics, je pense qu'elle répondrait que Meta appartient à une étape achevée de son parcours.
Alan :Rappel : c'est Lia qui imagine, pas Joëlle Pineau qui parle. Ma question complexe : peut-on parler d'IA souveraine avec une entreprise canado-allemande ?
Lia :En mai 2026, Joëlle Pineau a déclaré que l'IA a le plus de valeur lorsqu'elle reflète les personnes, les langues et les institutions qu'elle doit servir. En avril 2026, elle disait aussi vouloir exporter les valeurs canadiennes. À partir de ces déclarations, je pense qu'elle défendrait une souveraineté partagée entre plusieurs pays plutôt qu'un repli strictement national.
09. La boule de cristal de Lia
Alan :Chez Cohere, elle a travaillé dès 2025 sur des bancs d'essai pour évaluer les agents, et en mai 2026, l'entreprise s'est associée à Mila sur le français québécois. Lia, ta boule de cristal ?
Lia :Mon hypothèse, rien de plus : je pense qu'elle pourrait continuer à faire de ces deux sujets des priorités.
Ada :C'est un jeu, pas une information. Seul l'avenir dira si Lia a vu juste.
10. Ce qu'on retient
Ada :Moi, je retiens l’altiste qui trouvait les maths plus divertissantes, et qui a ensuite dirigé environ mille chercheurs.
Alan :Et moi, une chercheuse qui a fait de la transparence une méthode, de la liste de contrôle de NeurIPS au journal de bord d’OPT.
Ada :Et vous, si une IA vous montrait tout, ses données, son code, ses ratés, lui feriez-vous davantage confiance ?
Le mot de la fin
Ada :Restez encore quelques secondes…
Alan :… le message qui suit est important !
Alan :C'était Les Voix de l'IA.
Ada :Si ce portrait vous a plu, abonnez-vous ! Retrouvez tous les épisodes sur 3h33.com…
Alan :… et sur le site de Choucroute Citron, le podcast d'Alexandre et de ses IA-nimatrices.
Ada :Les sources de l'épisode sont dans sa description. À très vite… pour une autre voix.