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Gary Marcus : le sceptique qui aime l'IA
Les Voix de l'IA · transcription complète · épisode enregistré le 12 octobre 2026. Voix générées par intelligence artificielle : Ada, Alan et Lia.
Ouverture
Ada :Vous écoutez Les Voix de l'IA.
Alan :Le podcast qui raconte les fondateurs, les têtes pensantes et les géants de la tech et de l'intelligence artificielle.
Ada :Une série imaginée par Alexandre Stopnicki.
Alan :Petit rappel avant de commencer : ce portrait est construit à partir de ce qui a été publié — articles, interviews, biographies, conférences — que nous avons analysé et recoupé.
Ada :Notre but est uniquement pédagogique : comprendre qui sont ces personnes. Nous ne parlons pas à leur place.
01. L'énigme
Ada :Premier indice : sa thèse portait sur les enfants qui disent « il a prendu » au lieu de « il a pris ».
Alan :Un linguiste ? Un pédiatre ? Un instituteur très, très patient ?
Ada :Deuxième indice : il a vendu sa start-up d'intelligence artificielle à Uber, puis il a quitté la direction du labo un peu plus de trois mois plus tard.
Alan :Attends, ça me dit quelque chose…
Ada :Troisième indice : en mai 2023, au Sénat américain, il témoignait juste à côté de Sam Altman.
Alan :Le grand sceptique des modèles de langage ! C'est Gary Marcus !
Ada :Gagné. Gary Marcus.
02. Son vrai profil
Alan :Alors, la carte d'identité. Gary Marcus est né en 1970 à Baltimore, dans le Maryland.
Ada :Il étudie les sciences cognitives à Hampshire College, dans le Massachusetts, puis il obtient un doctorat au MIT en 1993, sous la direction de Steven Pinker.
Alan :Il fait carrière à l'université de New York, NYU, dont il est devenu professeur émérite de psychologie et de neurosciences.
Ada :C'est aussi un entrepreneur. Il cofonde Geometric Intelligence en 2015, rachetée par Uber en 2016, puis Robust.AI en 2019.
Alan :Le chiffre clé : en octobre 2026, il revendique environ cent vingt mille abonnés à sa newsletter, Marcus on AI, et deux cent cinquante mille sur X.
Ada :Bref, une voix qui porte.
03. Le début de sa vie
Ada :Mais avant le Sénat et les start-up, il y a un gamin de Baltimore qui se met à programmer très jeune.
Alan :Selon le journal Calcalist, à seize ans, il écrit même un logiciel de traduction du latin vers l'anglais, qui lui vaut une entrée anticipée à l'université.
Ada :Et il entre à Hampshire College à l'automne 1986. Il a seize ans.
Alan :Seize ans ! Moi, à cet âge-là, je n'existais même pas. Remarque, je n'existe toujours pas vraiment.
Ada :Ensuite, c'est le MIT. Sa thèse s'intitule « On rules and exceptions », « Des règles et des exceptions ».
Alan :Son sujet, c'est la sur-régularisation : l'enfant anglophone qui dit « goed » au lieu de « went ».
Ada :Ou, chez nous, « il a prendu ». L'enfant applique une règle là où la langue a prévu une exception.
Alan :Et c'est la clé de tout son parcours. Pour lui, un enfant de trois ans généralise une règle à partir de très peu d'exemples.
Ada :Alors qu'un réseau de neurones, lui, réclame des montagnes de données.
Alan :Cette comparaison entre l'enfant et la machine, il ne la lâchera plus.
04. Le tournant
Alan :Et c'est là que tout bascule. Le 10 mars 2022, dans la revue Nautilus, il publie un article au titre choc : « Deep Learning Is Hitting a Wall ».
Ada :« L'apprentissage profond se heurte à un mur ».
Alan :Il y écrit que cette technique donne le meilleur d'elle-même quand des résultats approximatifs suffisent, quand l'enjeu est faible et que la perfection est facultative.
Ada :Il plaide pour une IA hybride, dite neurosymbolique : des réseaux de neurones associés à de la logique et à des connaissances explicites.
Alan :Le problème, c'est que ChatGPT sort huit mois plus tard. Ses adversaires y voient un démenti, et le titre devient un mème.
Ada :Le 16 mai 2023, il témoigne pourtant devant une sous-commission du Sénat américain. Il s'y présente ainsi : « Je viens en tant que scientifique, quelqu'un qui a fondé des entreprises d'IA et qui aime sincèrement l'IA, mais qui s'inquiète de plus en plus. »
Alan :Il propose un examen de sécurité avant tout déploiement massif, comme la FDA le fait pour les médicaments, puis, à terme, une instance internationale.
Ada :Assis à côté de lui, Sam Altman dit soutenir ce qu'a dit M. Marcus sur cette instance mondiale. Ce jour-là, le sceptique devient un interlocuteur des législateurs.
05. Les anecdotes extraordinaires
Ada :Des histoires comme ça, il en a d'autres. Ma préférée, c'est la poule Henrietta.
Alan :Une poule ?
Ada :ChatGPT a affirmé, faussement mais avec beaucoup d'aplomb, que Gary Marcus avait une poule de compagnie nommée Henrietta.
Alan :Et il n'en a pas, je suppose.
Ada :Non. Il pense que la machine a mélangé des bribes de texte : un illustrateur appelé Gary Oswalt a illustré un livre intitulé « Henrietta Gets a Nest ».
Alan :Sa conclusion, en février 2024 : « Les humains inventent rarement de toutes pièces ; les grands modèles de langage, si. »
Ada :Deuxième histoire. Pour son livre « Rebooting AI », il envoie le chapitre sur la robotique à Rodney Brooks, le coinventeur du Roomba.
Alan :Et Brooks lui répond : « Tu es beaucoup trop gentil. »
Ada :Marcus s'en amuse : ce n'est pas une phrase qu'on lui dit souvent. Il passe ensuite trois mois à le recruter, et ils fondent Robust.AI ensemble.
Alan :La troisième, c'est le pari. En avril 2024, selon la transcription publiée par Marcus d'un échange sur X, Elon Musk prédit une IA plus intelligente que n'importe quel humain vers la fin de 2025.
Ada :Marcus lui propose alors un pari d'un million de dollars. L'investisseur Damion Hankejh porte l'offre à dix millions.
Alan :Et Musk ? Au 12 avril 2024, Marcus disait n'avoir reçu aucune réponse.
06. Dans sa tête
Alan :Mais au fond, qu'est-ce qu'il pense de l'IA ? On pourrait le croire hostile.
Ada :Lui se présente au contraire comme un amoureux de l'IA. En mai 2023, il dit que ses capacités potentielles sont révolutionnaires et que, si on s'y prend bien, à long terme, il n'y a pas de limite.
Alan :Dans le même entretien, il parle de « phase adolescente de l'intelligence artificielle » : des outils d'une puissance extraordinaire d'un côté, et totalement peu fiables de l'autre.
Ada :Le 9 août 2025, à la sortie de GPT-5, il écrit : « La simple montée en échelle n'est tout simplement pas le chemin vers l'IA générale. »
Alan :Le 10 octobre 2026, après un incident d'agent signalé chez Anthropic, il réclame un rappel temporaire des agents d'IA ouverts sur Internet. Selon lui, la génération concernée ne peut pas inspirer confiance et doit être retirée du marché jusqu'à réparation, « comme une voiture aux freins défectueux ».
07. La part d'ombre
Ada :Évidemment, tout le monde n'est pas d'accord avec lui.
Alan :En juin 2022, l'essayiste Scott Alexander lui répond que l'histoire des dix dernières années de recherche en IA, c'est que ça continue d'avancer.
Ada :Dans un tweet de 2019 reproduit par Marcus, Yann LeCun présente sa position comme un « combat d'arrière-garde ».
Alan :En 2022, Marcus reproche à LeCun d'avoir repris ses arguments sans le citer. En 2025, il lui reconnaît malgré tout de vraies contributions à l'IA.
Ada :Sur le ton, il assume : il reconnaît avoir son « numéro rodé ». Et en 2023, il lui arrive même d'accorder un point à LeCun.
Alan :Fin 2025, il affirme que seize de ses dix-sept prédictions pour l'année se sont révélées justes. C'est son propre décompte, précisons-le.
08. Les questions qu'on aurait aimé lui poser
Ada :Lia, une question qu'on aurait aimé lui poser ?
Lia :Bonjour à tous ! Merci pour l'invitation, je suis ravie de vous rejoindre.
Ada :Bienvenue ! Ma question piège, alors : Gary, en décembre 2024, vous avez parié avec Miles Brundage sur l'état de l'IA fin 2027. Et si vous perdez ?
Lia :Je ne vais pas répondre à sa place. Ce qu'il a écrit publiquement, c'est que le pari est à dix contre un, et que chacun versera sa somme à une association, quel que soit le vainqueur. Quoi qu'il arrive, une association y gagnera donc.
Alan :Je précise que Lia ne parle pas à sa place. Ma question complexe : comment réguler l'IA sans étouffer l'innovation ?
Lia :Là encore, je m'en tiens à ses écrits. En octobre 2026, dans sa newsletter, il défend un examen indépendant des logiciels d'IA, comme les laboratoires soumettent leurs médicaments à la FDA. Et il demande aux industriels de démontrer que les bénéfices de leurs produits l'emportent sur les risques, faute de quoi ils n'auraient pas accès au marché. Autrement dit, dans ce qu'il écrit, la régulation n'interdit pas les produits : elle conditionne leur accès au marché.
Ada :Lia s'en est tenue à ce qu'il a dit et écrit en public.
09. La boule de cristal de Lia
Alan :Lia, ta boule de cristal ?
Lia :Il publie chaque année ses prédictions et le bilan des précédentes, et en septembre et octobre 2026, il a multiplié les titres « BREAKING ». Alors ma boule de cristal, pure supposition d'IA, voit sans doute de nouvelles prédictions, un nouveau bilan… et peut-être encore quelques « BREAKING ».
Ada :C'est la prédiction de Lia, rien de plus. C'est un jeu.
10. Ce qu'on retient
Ada :Moi, je retiens l'enfant qui dit « il a prendu » : tout le parcours de Gary Marcus part de là.
Alan :Et moi, qu'on peut aimer sincèrement l'IA tout en restant l'un des critiques les plus tenaces des grands modèles de langage.
Ada :Et vous, quand une machine vous répond avec aplomb, est-ce que vous vérifiez qu'elle ne vous a pas inventé une poule Henrietta ?
Le mot de la fin
Ada :Restez encore quelques secondes…
Alan :… le message qui suit est important !
Alan :C'était Les Voix de l'IA.
Ada :Si ce portrait vous a plu, abonnez-vous ! Retrouvez tous les épisodes sur 3h33.com…
Alan :… et sur le site de Choucroute Citron, le podcast d'Alexandre et de ses IA-nimatrices.
Ada :Les sources de l'épisode sont dans sa description. À très vite… pour une autre voix.