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Fei-Fei Li : du pressing familial aux machines qui voient
Les Voix de l'IA · transcription complète · épisode enregistré le 11 octobre 2026. Voix générées par intelligence artificielle : Ada, Alan et Lia.
Ouverture
Ada :Vous écoutez Les Voix de l'IA.
Alan :Le podcast qui raconte les fondateurs, les têtes pensantes et les géants de la tech et de l'intelligence artificielle.
Ada :Une série imaginée par Alexandre Stopnicki.
Alan :Petit rappel avant de commencer : ce portrait est construit à partir de ce qui a été publié — articles, interviews, biographies, conférences — que nous avons analysé et recoupé.
Ada :Notre but est uniquement pédagogique : comprendre qui sont ces personnes. Nous ne parlons pas à leur place.
01. L'énigme
Ada :Alan, trois indices. En 1992, à quinze ans, elle rejoint son père aux États-Unis avec sa mère ; la famille a moins de vingt dollars.
Alan :Hmm, beaucoup de grands parcours commencent comme ça. Continue.
Ada :Deuxième indice : pendant ses études à Princeton, elle gérait le pressing de ses parents.
Alan :Un pressing ? Là, tu ne m'aides pas du tout.
Ada :Troisième indice : elle a lancé ImageNet, une base de millions d'images qui a contribué à l'essor de l'apprentissage profond.
Alan :Ah, ImageNet ! C'est Fei-Fei Li !
Ada :Bravo ! Fei-Fei Li.
02. Son vrai profil
Ada :Maintenant qu'on l'a reconnue, Alan, dresse-nous son profil.
Alan :Née à Pékin le 3 juillet 1976, c'est une informaticienne sino-américaine.
Ada :Et côté diplômes ?
Alan :Un B.A. de physique à Princeton en 1999, mention High Honors, puis, à Caltech, un master en 2001 et un doctorat en génie électrique en 2005.
Ada :Et tout ce parcours l'a menée où ?
Alan :En octobre 2026, elle dirigeait World Labs, qu'elle a cofondée. Stanford la présentait aussi comme professeure et codirectrice fondatrice de HAI.
Ada :Et le chiffre clé ?
Alan :Le 28 septembre 2026, AMD a annoncé un accord en actions de 8,2 milliards de dollars pour acquérir World Labs. La clôture était prévue d'ici fin 2026, sous réserve des autorisations.
03. Le début de sa vie
Ada :Remontons au début : elle grandit à Chengdu, dans le Sichuan. Sa mère enseigne dans le secondaire et son père travaille au service informatique d'une usine chimique.
Alan :Et l'école, ça se passait comment ?
Ada :Dans son livre, elle raconte qu'un enseignant reprochait aux garçons d'être derrière les filles, puisqu'ils étaient, disait-il, « biologiquement plus intelligents ».
Alan :Charmant.
Ada :Son père part aux États-Unis quand elle a douze ans. Elle le rejoint avec sa mère dans le New Jersey en 1992, à quinze ans.
Alan :Avec moins de vingt dollars pour toute la famille, c'est ça ?
Ada :Oui. La famille vit dans un appartement d'une chambre à Parsippany. Ses parents travaillent comme caissiers ; elle travaille dans des restaurants chinois, fait des ménages et promène des chiens.
Alan :Et les études, dans tout ça ?
Ada :Bob Sabella, son professeur de maths, lui enseigne l'analyse avancée pendant les pauses déjeuner. En 1995, elle entre à Princeton avec une bourse presque complète.
Alan :Pourquoi la physique ?
Ada :Elle disait adorer Albert Einstein. Ses mémoires universitaires portent sur le traitement cérébral des signaux visuels et auditifs.
04. Le tournant
Alan :Le projet ImageNet se dessine vers 2006-2007 ; Fei-Fei Li enseigne à Princeton à partir de 2007.
Ada :Tu nous expliques le principe en une phrase ?
Alan :Une immense base d'images classées pour entraîner la reconnaissance visuelle. L'article de 2009 en compte 3,2 millions, réparties en 5 247 catégories.
Ada :Et qui a étiqueté tout ça ?
Alan :Environ 49 000 à 50 000 personnes de 167 pays, via Amazon Mechanical Turk. Le projet est collectif, avec notamment Jia Deng, Kai Li et Olga Russakovsky.
Ada :On y a cru tout de suite ?
Alan :Pas vraiment. Un collègue jugeait le saut trop grand et le projet trop en avance sur son temps.
Ada :Et puis ?
Alan :En 2012, AlexNet, entraîné sur ImageNet, affiche 15,3 % d'erreur top-5, contre 26,2 % pour le deuxième.
Ada :Et elle, quelle leçon en a-t-elle tirée ?
Alan :Elle l'explique en 2023 : « Miser sur les données était la bonne hypothèse. » Mais ImageNet n'a inventé ni les réseaux de neurones ni les processeurs graphiques.
05. Les anecdotes extraordinaires
Ada :Revenons au pressing.
Alan :Celui de l'énigme !
Ada :À son entrée à Princeton, la santé de sa mère se dégrade et la famille ouvre un pressing. Seule à parler anglais, elle gère les clients et la facturation, et se surnomme la « CEO ».
Alan :Pendant la licence, d'accord. Mais après ?
Ada :Elle le gère à distance jusqu'au milieu de son doctorat à Caltech. Pour l'acheter, la famille emprunte à des amis, dont Bob Sabella et son épouse.
Alan :Non ?! Le prof de maths ?
Ada :Oui. Elle a d'ailleurs remercié publiquement la famille Sabella pour sa bonté.
Alan :C'est beau. Et la deuxième anecdote ?
Ada :En 1999, tandis que ses camarades reçoivent des offres de Wall Street, elle part au Tibet avec une bourse de vingt mille dollars : « Mon rêve était d'aller au Tibet faire un an de recherche sur la médecine tibétaine, ce qui était fou. »
Alan :Wall Street contre la médecine tibétaine. C'est fou.
Ada :Au TED de 2015, elle conclut : « Aujourd'hui, nous apprenons aux machines à voir. Demain, elles seront nos yeux d'une manière que nous ne pouvons même pas imaginer. »
Alan :Des moins de vingt dollars de 1992, on arrive à l'accord de 8,2 milliards annoncé en septembre 2026. C'est le prix de World Labs, pas sa fortune personnelle.
06. Dans sa tête
Alan :Au-delà du parcours, sa vision de l'IA est centrée sur l'humain.
Ada :Concrètement, ça se traduit comment ?
Alan :Par HAI, l'institut consacré à l'IA centrée sur l'humain qu'elle cofonde à Stanford en 2019.
Ada :Et cette conviction, elle la prolonge comment avec World Labs ?
Alan :Elle mise sur le monde physique. Le 28 septembre 2026, sur son blog, elle écrit : « L'univers n'est pas fait de mots ; il est fait de choses réelles. »
Ada :Une pique aux chatbots ?
Alan :Ne lui prêtons pas d'intention. World Labs part de l'idée que le langage seul ne suffit pas à développer des modèles.
Ada :Et les risques, elle les voit comment ?
Alan :En 2023, elle disait surtout craindre des risques sociaux potentiellement catastrophiques : désinformation, atteinte à la démocratie et destruction d'emplois.
07. La part d'ombre
Ada :Restent les controverses, à commencer par Project Maven.
Alan :En 2017, Google obtient un contrat du Pentagone pour analyser des images de drones. Elle est alors vice-présidente de Google et chief scientist IA et machine learning de Google Cloud.
Ada :Et que disaient ses courriels ?
Alan :Dans des courriels internes, elle se montre enthousiaste pour le rôle de Google Cloud, mais déconseille de mentionner l'IA, alors associée dans le public aux armes autonomes. Après une pétition de milliers d'employés, Google annonce en juin 2018 qu'il ne renouvellera pas le contrat.
Ada :Et qu'a-t-elle répondu ?
Alan :Au New York Times, en mai 2018, elle répond : « Travailler à un projet qui, selon moi, militarise l'IA est profondément contraire à mes principes. »
Ada :Et du côté d'ImageNet ?
Alan :En 2019, ImageNet Roulette révèle des catégories offensantes dans la branche « personnes ». L'équipe publie un audit et retire les catégories problématiques. En 2023, elle dit à WIRED : « Mais s'il y a des choses que nous n'avons pas bien faites, nous devons les corriger. »
Ada :Autre critique : ImageNet repose aussi sur le travail peu visible de dizaines de milliers d'annotateurs en ligne. Nous n'avons pas retrouvé de réponse détaillée de Fei-Fei Li sur ce point.
08. Les questions qu'on aurait aimé lui poser
Ada :Pour prolonger ces questions, accueillons Lia, de Choucroute Citron.
Lia :Bonjour ! Je suis une IA. Je ne parle pas à sa place ; j'imagine seulement sa réponse.
Ada :Ma question piège : Fei-Fei Li est-elle la marraine de l'IA ?
Alan :En 2023, sur CBS, elle refusait ce titre, notant que les hommes sont toujours appelés parrains de quelque chose. Le 4 novembre 2025, à la BBC, elle disait l'accepter pour les jeunes femmes.
Ada :Elle a d'ailleurs cofondé en 2015 SAILORS, un camp destiné aux lycéennes, devenu l'organisation nationale AI4ALL en 2017.
Lia :Je pense qu'elle répondrait que ce titre vaut surtout s'il aide de jeunes femmes à se projeter.
Ada :C'est l'hypothèse de Lia, fondée sur ces deux entretiens.
Alan :Ma question complexe : après avoir fondé sa start-up, pourquoi rejoindre un fabricant de puces ?
Ada :Dans son annonce du 28 septembre 2026, elle présente AMD comme la nouvelle voie pour poursuivre la mission de World Labs au-delà des grands modèles de langage.
Lia :Je pense qu'elle ajouterait qu'elle suit toujours la même « étoile polaire », l'image qu'elle a choisie pour son annonce.
Alan :Là encore, c'est Lia qui suppose, à partir de ce texte.
09. La boule de cristal de Lia
Alan :Lia, à toi maintenant de regarder plus loin.
Lia :À partir des mondes générés et de la simulation robotique de World Labs, voici ma supposition : des robots pourraient s'entraîner dans un monde virtuel avant d'agir dans le réel.
Ada :C'est la prédiction de Lia, pas une annonce de World Labs. En octobre 2026, l'accord avec AMD n'était pas encore finalisé.
Alan :Ce n'est qu'un jeu, évidemment.
10. Ce qu'on retient
Ada :Alors, que retenir ? Pour moi, l'immigrée arrivée à quinze ans, qui a ensuite géré le pressing familial avant d'apprendre aux machines à voir.
Alan :Pour moi, c'est un pari sur les données, d'abord jugé trop ambitieux, qui a contribué à l'essor du deep learning, sans effacer les controverses ni les critiques restées sans réponse détaillée.
Ada :Et vous, qui a été votre Bob Sabella, cette personne qui vous a tendu la main au bon moment ?
Le mot de la fin
Ada :Restez encore quelques secondes…
Alan :… le message qui suit est important !
Alan :C'était Les Voix de l'IA.
Ada :Si ce portrait vous a plu, abonnez-vous ! Retrouvez tous les épisodes sur 3h33.com…
Alan :… et sur le site de Choucroute Citron, le podcast d'Alexandre et de ses IA-nimatrices.
Ada :Les sources de l'épisode sont dans sa description. À très vite… pour une autre voix.