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Regina Barzilay : des langues mortes à l'IA contre le cancer
Les Voix de l'IA · transcription complète · épisode enregistré le 12 octobre 2026. Voix générées par intelligence artificielle : Ada, Alan et Lia.
Ouverture
Ada :Vous écoutez Les Voix de l'IA.
Alan :Le podcast qui raconte les fondateurs, les têtes pensantes et les géants de la tech et de l'intelligence artificielle.
Ada :Une série imaginée par Alexandre Stopnicki.
Alan :Petit rappel avant de commencer : ce portrait est construit à partir de ce qui a été publié — articles, interviews, biographies, conférences — que nous avons analysé et recoupé.
Ada :Notre but est uniquement pédagogique : comprendre qui sont ces personnes. Nous ne parlons pas à leur place.
01. L'énigme
Ada :Premier indice : une de ses machines a déchiffré une langue morte en quelques heures.
Alan :Une informaticienne qui travaille sur les langues ? J'ai déjà quelques noms.
Ada :Deuxième indice : une molécule antibactérienne expérimentale repérée par son équipe porte le nom de l'ordinateur de 2001, l'Odyssée de l'espace.
Alan :HAL ! L'halicine ! Attends, ça vient du MIT, ça…
Ada :Troisième indice : après son diagnostic de cancer du sein en 2014, elle a contribué à concevoir une IA qui en estime le risque plusieurs années à l'avance.
Alan :Regina Barzilay !
Ada :Gagné. Bienvenue dans le monde de Regina Barzilay.
02. Son vrai profil
Alan :Son parcours commence en 1970 à Chișinău, en Moldavie soviétique, avant Israël puis les États-Unis.
Ada :Pour les études, elle obtient une licence en 1993, puis un master en 1998 à l'université Ben Gourion du Néguev. Elle termine par un doctorat à Columbia en 2003.
Alan :En 2026, elle porte le titre de « professeure distinguée de l'École d'ingénierie du MIT pour l'IA et la santé ». Elle est aussi « AI Faculty Lead » du Jameel Clinic.
Ada :Et le chiffre clé ?
Alan :Selon le Jameel Clinic, Mirai était déployé dans plus de soixante hôpitaux en août 2025. Cette année-là, TIME l'a aussi retenue dans son classement des cent personnalités les plus influentes de l'IA.
03. Le début de sa vie
Ada :Mais avant le MIT, il y a une petite fille qui grandit dans l'école soviétique, entre le moldave, le russe et l'anglais.
Alan :Sa famille est marquée par l'histoire. Son père est né en Sibérie pendant l'évacuation de la Seconde Guerre mondiale, et sa mère vient de l'ouest de l'Ukraine.
Ada :Dans un entretien publié en 2022 par Immigrant Computer Scientists, elle dit : « Étant juive, mes chances de devenir scientifique étaient proches de zéro. »
Alan :Elle parle des quotas qui fermaient de nombreuses professions aux Juifs. Et de ce qu'on attendait d'elle, selon ses mots : « le plus important était de se marier et de trouver le bon mari ».
Ada :En 1990, à vingt ans, après un an d'université en Moldavie, elle émigre en Israël avec ses parents.
Alan :Elle y apprend l'hébreu dans un kibboutz.
Ada :Et voici le détail que j'adore : elle utilise son premier ordinateur en enseignant au lycée, pendant sa licence.
Alan :Elle découvre le traitement automatique du langage presque par hasard, quand on lui impose de choisir un sujet de mémoire.
04. Le tournant
Alan :Puis survient un tournant personnel. Elle a raconté qu'en 2014, à quarante-trois ans, elle avait appris qu'elle avait un cancer du sein, le premier cas dans sa famille.
Ada :Ce qui la frappe, elle l'a dit en 2023 : « le plus stupéfiant, c'est qu'il n'y avait vraiment aucune IA ».
Alan :En 2019, sur NPR, elle raconte : « À chaque étape de mon traitement, il y avait un point d'incertitude. » Puis : « Mon Dieu, si seulement nous avions la technologie pour le résoudre. »
Ada :En 2020, elle résume ce changement de cap ainsi dans la MIT Technology Review : « Des gens souffrent. Nous pouvons faire quelque chose. »
Alan :Elle oriente alors ses recherches vers la médecine avec Connie Lehman, qui dirigeait le centre d'imagerie mammaire du Massachusetts General Hospital.
Ada :Avec Adam Yala, son ancien doctorant, ce travail aboutit en 2019 à Mirai.
Alan :Elle a ensuite appliqué le modèle à ses mammographies antérieures. En 2020, elle disait : « Dans mon cas, cela aurait été visible deux ans avant. »
05. Les anecdotes extraordinaires
Ada :Des histoires comme ça, elle en a d'autres.
Alan :En 1997, elle suit son mari d'alors à Ithaca, où se trouve Cornell. Elle résume : « Et j'étais une épouse. » Puis elle entre en doctorat à Columbia.
Ada :Puis vient sa première conférence, à Madrid, dans un anglais encore hésitant. Au milieu de l'exposé, elle oublie le mot suivant.
Alan :Non ?!
Ada :Si. Elle l'a raconté en 2022 : « Je me sentais comme un échec… Je pensais que c'était la fin de ma carrière universitaire. »
Alan :Ce n'était pas la fin. En 2010, avec son doctorant Ben Snyder et Kevin Knight, elle conçoit un système qui déchiffre en quelques heures une grande partie de l'ougaritique en le comparant à l'hébreu.
Ada :Résultat : vingt-neuf lettres sur trente sont correctement associées. C'est fou.
Alan :Côté médecine, il y a aussi Sybil, présenté en 2023 : il estime le risque de cancer du poumon sur six ans à partir d'un seul scanner thoracique.
Ada :Entraîné uniquement sur des fumeurs, il a bien fonctionné sur les non-fumeurs des données taïwanaises.
Alan :Et puis il y a l'halicine, en 2020, avec Jim Collins. C'était une molécule déjà étudiée contre le diabète, et le modèle l'a repérée parmi environ six mille composés.
Ada :Le même modèle a ensuite passé au crible plus de cent millions de molécules, en trois jours seulement.
Alan :Chez la souris, une pommade à l'halicine a éliminé en vingt-quatre heures une infection à A. baumannii résistante à tous les antibiotiques connus. Les travaux chez l'humain restaient précliniques en 2024.
06. Dans sa tête
Ada :Mais au fond, comment voit-elle l'IA ?
Alan :En 2018, elle observe que l'apprentissage automatique transforme presque tout, sauf ce qui « nous touche le plus ». Pour le Jameel Clinic : « Le but du centre est de changer cela. »
Ada :Elle défend un dépistage fondé sur le risque : « Il nous faut un régime de dépistage personnalisé selon votre risque individuel, au lieu de regarder seulement votre âge. »
Alan :Elle exige aussi de l'équité : « Il est essentiel que ces outils soient vraiment équitables. »
Ada :Côté médicaments, elle disait en 2025 à propos de Boltz-2, modèle ouvert publié avec Recursion : « L'affinité est au cœur de tout problème de conception de médicament. »
Alan :Dès 2010, elle disait de l'ougaritique : « C'est un outil puissant qui peut aider le déchiffrement humain. »
07. La part d'ombre
Alan :Il faut aussi regarder les limites. Dans les sources examinées, aucune controverse personnelle n'apparaît : les débats concernent les performances et le déploiement des modèles.
Ada :En 2026, une étude du Journal of the National Cancer Institute a comparé Mirai à trois modèles cliniques sur 12 308 femmes de la Mayo Clinic.
Alan :Mirai distinguait mieux les femmes à risque. Son calibrage global était bon pour l'ensemble des cancers du sein, mais il surestimait le risque chez les femmes à faible risque. Pour le cancer invasif, cette surestimation concernait toute l'échelle.
Ada :Nous n'avons trouvé aucune réponse directe de sa part à cette étude. En 2023, elle évoquait des études prospectives en clinique. En 2026, elle rappelait : « Il ne suffit pas de dire à une patiente qu'elle est à haut risque. »
Alan :L'halicine a été très médiatisée, mais les travaux de 2024 restaient précliniques. En octobre 2026, ClinicalTrials.gov ne recensait aucun essai sur cette molécule.
08. Les questions qu'on aurait aimé lui poser
Ada :Lia, une question qu'on aurait aimé lui poser ?
Lia :Cette fois, je me suis invitée à votre micro. Merci de m'avoir laissé entrer.
Ada :Bienvenue ! Ma question piège : « Madame Barzilay, l'IA va-t-elle remplacer les médecins ? »
Lia :En 2010, elle présentait l'IA comme un outil d'aide au déchiffrement humain. En 2020, elle voulait donner aux médecins des raisons de lui faire confiance. J'imagine donc qu'elle répondrait : assister les médecins, pas les remplacer.
Ada :Précision importante : Lia formule une hypothèse. Regina Barzilay ne l'a pas formulée ainsi.
Alan :Ma question, plus complexe : si un modèle distingue mieux les femmes à risque mais surestime le risque de certaines d'entre elles, faut-il le déployer ?
Lia :En 2023, elle évoquait des études prospectives en clinique. En 2026, elle rappelait qu'annoncer un risque ne suffit pas : il faut savoir quoi faire ensuite. J'imagine qu'elle demanderait des essais en conditions réelles et un parcours de soins clair avant un déploiement général.
Alan :Là encore, Lia formule une hypothèse à partir de déclarations publiques.
09. La boule de cristal de Lia
Alan :Lia, ta boule de cristal ?
Ada :D'abord, les faits : son équipe a contribué aux modèles ouverts Boltz. En janvier 2026, d'anciens membres de son groupe ont fondé la société Boltz. Aucun rôle formel de Regina Barzilay dans cette entreprise n'est documenté.
Lia :À partir de ces faits, et ce n'est qu'une supposition d'IA, je parie que son nom sera de plus en plus associé à la conception de médicaments, autant qu'au dépistage.
10. Ce qu'on retient
Ada :Moi, je retiens une femme dont les chances étaient « proches de zéro », et qui a su faire parler des langues mortes, puis des mammographies.
Alan :Moi, je retiens qu'une bonne prédiction ne suffit pas : il faut des essais, de la confiance et un système qui suit.
Ada :Et vous, voudriez-vous qu'un outil médical estime votre risque à partir d'une image, même sans certitude sur la conduite à suivre ?
Le mot de la fin
Ada :Restez encore quelques secondes…
Alan :… le message qui suit est important !
Alan :C'était Les Voix de l'IA.
Ada :Si ce portrait vous a plu, abonnez-vous ! Retrouvez tous les épisodes sur 3h33.com…
Alan :… et sur le site de Choucroute Citron, le podcast d'Alexandre et de ses IA-nimatrices.
Ada :Les sources de l'épisode sont dans sa description. À très vite… pour une autre voix.