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Mustafa Suleyman : des milk-shakes à la superintelligence
Les Voix de l'IA · transcription complète · épisode enregistré le 11 octobre 2026. Voix générées par intelligence artificielle : Ada, Alan et Lia.
Ouverture
Ada :Vous écoutez Les Voix de l'IA.
Alan :Le podcast qui raconte les fondateurs, les têtes pensantes et les géants de la tech et de l'intelligence artificielle.
Ada :Une série imaginée par Alexandre Stopnicki.
Alan :Petit rappel avant de commencer : ce portrait est construit à partir de ce qui a été publié — articles, interviews, biographies, conférences — que nous avons analysé et recoupé.
Ada :Notre but est uniquement pédagogique : comprendre qui sont ces personnes. Nous ne parlons pas à leur place.
01. L'énigme
Ada :Premier indice : étudiant à Oxford, il tient un stand de jus de fruits et de milk-shakes à Camden Town, à Londres.
Alan :Un vendeur de milk-shakes ? Ça ne m'aide absolument pas.
Ada :Deuxième indice : en 2010, il cofonde à Londres un laboratoire d'intelligence artificielle que Google rachètera en 2014.
Alan :Attends… DeepMind ? Alors c'est Démiss Hassabiss !
Ada :Raté, c'est l'un de ses associés. Troisième indice : depuis mars 2024, il dirige Microsoft AI.
Alan :Mais oui ! Moustafa Soulèïmane !
Ada :Gagné. C'est bien lui, Moustafa Soulèïmane.
02. Son vrai profil
Alan :Sa carte d'identité, alors. Il est britannique et il est né à Londres en août 1984. Le jour exact, on ne l'a pas trouvé.
Ada :Et côté diplômes ?
Alan :Il n'a pas obtenu de diplôme à Oxford. Il y étudiait la philosophie et la théologie, puis il est parti au bout d'un an.
Ada :Donc, ce n'est pas un chercheur.
Alan :Exact. Son terrain, c'est le produit, le commercial et la politique publique. La recherche technique est menée par des collègues comme Karène Simoniane.
Ada :Et son poste ?
Alan :Depuis mars 2024, il est vice-président exécutif et CEO de Microsoft AI. Le 17 mars 2026, Copilot a été confié à Jacob Andréou ; lui s'est recentré sur les modèles de pointe et la « superintelligence humaniste ».
Ada :Et un chiffre clé ?
Alan :Sept. Le 2 juin 2026, Microsoft a présenté sept nouveaux modèles développés en interne par son équipe.
03. Le début de sa vie
Ada :Mais avant Microsoft, il y a un garçon qui grandit près de Kalédônieune Rôd, à Londres.
Alan :Avec quels parents ?
Ada :Son père syrien était chauffeur de taxi, sa mère anglaise était infirmière. Il a deux frères cadets.
Alan :Et l'école ?
Ada :Après une école publique d'Islington, il fréquente Queen Elizabeth's School, à Barnet, de 1995 à 2002.
Alan :C'est là qu'apparaît Démiss Hassabiss, non ?
Ada :Exactement. Il rencontre Démiss par son meilleur ami, le frère cadet de celui-ci. Huit ans les séparent.
Alan :C'est fou. Tout part du meilleur pote du petit frère…
Alan :Et Oxford, ça s'est passé comment ?
Ada :Il a expliqué au Guardian, en 2023, qu'il trouvait ses études trop théoriques.
04. Le tournant
Alan :Une première bascule arrive en août 2001 : il aide Mohammed Mamdani à lancer la Muslim Youth Helpline.
Ada :C'est une ligne d'écoute ?
Alan :Oui, pour les jeunes musulmans britanniques. Plus tard, à dix-neuf ans, il quitte Oxford pour se consacrer davantage à ce service.
Ada :Donc il commence par l'action sociale, pas par le code.
Alan :Il travaille ensuite auprès du maire Ken Livingstone, puis chez Reos Partners, comme négociateur et facilitateur pour l'ONU, le gouvernement néerlandais et le WWF.
Ada :Et l'intelligence artificielle, elle arrive quand ?
Alan :En 2010. Avec Démiss Hassabiss et Chéïne Lègue, il cofonde DeepMind, dont il devient le chief product officer.
Ada :Ils avaient déjà une grosse ambition, non ?
Alan :Oui. D'après le Guardian, le business plan promettait de « construire une intelligence artificielle générale, de façon sûre et éthique, au bénéfice de tous ».
Ada :Et en janvier 2014, Google rachète DeepMind.
Alan :Pour un prix qui n'a jamais été confirmé. Les estimations vont de quatre cents millions de livres à six cent cinquante millions de dollars.
05. Les anecdotes extraordinaires
Ada :Des histoires comme ça, il en a d'autres. Tu sais où DeepMind est née ?
Alan :Dans un garage, comme toutes les start-up ?
Ada :Pas du tout ! Dans son livre, il situe la fondation à l'été 2010, dans un bureau d'époque Régence donnant sur Russell Square.
Alan :Plus Jane Austen que Californie, quoi.
Alan :Moi, j'ai une histoire de chiffres. En 2016, il pilote l'application des algorithmes de DeepMind au refroidissement des centres de données de Google.
Ada :Et ça a donné quoi ?
Alan :Jusqu'à 40 % d'énergie de refroidissement en moins, et une efficacité énergétique globale des bâtiments améliorée de 15 %.
Ada :Pas mal, pour un spécialiste du produit !
Alan :Troisième histoire : en mars 2024, Microsoft recrute les cofondateurs d'Inflékcheune AI et la majeure partie de ses soixante-dix salariés.
Ada :Inflection, c'est sa deuxième start-up ?
Alan :Oui, avec Rid Hofmane et Karène Simoniane. Microsoft verse 620 millions de dollars pour une licence sur les modèles d'Inflection, puis environ 30 millions pour qu'Inflection renonce à tout recours lié au recrutement massif de ses salariés.
Ada :Donc, techniquement, ce n'est pas un rachat.
Alan :Pourtant, le 4 septembre 2024, l'autorité britannique de la concurrence y voit une fusion, mais la valide en estimant qu'Inflection n'était pas un concurrent puissant.
06. Dans sa tête
Ada :Et dans sa tête, alors ? Comment est-ce qu'il voit l'IA ?
Alan :Le 6 novembre 2025, en prenant la tête de l'équipe MAI Superintelligence, il défend une IA « qui maintient les humains au sommet de la chaîne alimentaire ».
Ada :La chaîne alimentaire, carrément !
Alan :Et pour lui, une superintelligence totalement autonome devrait être un « anti-but ».
Ada :Le 14 septembre 2026, Microsoft AI publie un code de conduite : « Les personnes comptent plus que l'IA ».
Alan :Quatre jours plus tard, sur CNBC, il déclare : « Nous ne devrions pas créer quelque chose que nous ne pouvons pas contrôler ».
Ada :Il a aussi une conviction forte sur les droits des machines, non ?
Alan :Oui. Sur CNN, en janvier 2024, il refuse l'idée de droits pour les machines. En septembre 2026, il écrit que les IA ne sont pas conscientes.
Ada :Et pourtant, il accélère.
Alan :En juin 2026, il a dit à The Verge vouloir prouver que Microsoft peut devenir « l'un des quatre meilleurs labos du monde ».
07. La part d'ombre
Ada :Il y a aussi une part d'ombre dans son parcours.
Alan :Oui. En août 2019, il est placé en congé administratif après des accusations de harcèlement moral. Des employés anonymes ont ensuite décrit des cris, des humiliations et des attentes irréalistes. Un mémo interne a jugé son management en deçà des standards de DeepMind.
Ada :Et qu'est-ce qu'il a répondu ?
Alan :En janvier 2021, il déclare au Wall Street Journal : « Je présente des excuses sans équivoque à ceux qui ont été affectés. » En janvier 2022, il ajoute : « J'ai vraiment merdé. »
Ada :Et l'affaire des données de santé ?
Alan :En juillet 2017, le régulateur britannique juge illégal l'accès donné par l'hôpital Royal Free, partenaire de DeepMind, à 1,6 million de dossiers de patients. L'hôpital restait responsable, mais DeepMind a reconnu un manque de transparence, et lui s'est excusé.
Ada :Et il y a eu une polémique sur le droit d'auteur, aussi.
Alan :Fin juin 2024, à Aspen, il affirme que le contenu du web ouvert relève du « fair use » depuis les années 90. Il reconnaît une zone grise pour les sites interdisant la collecte. Des critiques rappellent alors qu'une œuvre reste protégée par le droit d'auteur lorsqu'elle est mise en ligne.
08. Les questions qu'on aurait aimé lui poser
Ada :Lia, une question qu'on aurait aimé lui poser ?
Lia :Avec plaisir ! Je précise que j'imagine les réponses.
Ada :Vous avez écrit sur la nécessité de contenir l'IA, tout en menant chez Microsoft la course aux modèles de pointe. Est-ce contradictoire ?
Lia :Le 10 octobre 2026, sur X, il a écrit que contenir la superintelligence relève de l'ingénierie et de la gouvernance, comme pour les avions, les voitures ou les médicaments. Je pense qu'il répondrait donc qu'il assume les deux.
Ada :Une réponse imaginée par Lia, fondée sur ce message daté.
Alan :En février 2026, il disait que la plupart des tâches des avocats, comptables, chefs de projet et spécialistes du marketing seraient automatisées sous douze à dix-huit mois. En octobre 2026, il a relayé une estimation de Daron Acemoglu : environ 5 % du travail humain remplacé en dix ans. Les périmètres diffèrent, mais comment explique-t-il cet écart de ton ?
Lia :En juin 2026, il a nuancé : l'IA automatise des tâches, pas des métiers entiers, et les rôles d'avocat ou de comptable demeurent. J'imagine qu'il s'appuierait sur cette distinction pour expliquer l'écart.
Alan :Le rapprochement, lui, reste l'interprétation de Lia.
09. La boule de cristal de Lia
Alan :Lia, ta boule de cristal ?
Lia :Voici ma supposition : je ne serais pas surprise que son désaccord avec Anthropic sur la conscience des machines devienne un débat majeur de l'IA.
Lia :Lui affirme que les IA ne ressentent rien. Anthropic estime que les notions de conscience et de bien-être favorisent un jugement plus sûr, sous supervision humaine.
Ada :Une hypothèse de Lia, donc.
10. Ce qu'on retient
Ada :Moi, je retiens qu'avant DeepMind, il y a eu une ligne d'écoute et un stand de milk-shakes.
Alan :Et moi, qu'il veut à la fois accélérer l'IA et la contenir, et qu'il l'assume.
Ada :Et vous, qu'en pensez-vous ? Peut-on construire la technologie la plus puissante qui soit tout en promettant de la garder sous contrôle ?
Le mot de la fin
Ada :Restez encore quelques secondes…
Alan :… le message qui suit est important !
Alan :C'était Les Voix de l'IA.
Ada :Si ce portrait vous a plu, abonnez-vous ! Retrouvez tous les épisodes sur 3h33.com…
Alan :… et sur le site de Choucroute Citron, le podcast d'Alexandre et de ses IA-nimatrices.
Ada :Les sources de l'épisode sont dans sa description. À très vite… pour une autre voix.