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Matthieu Rouif : du lasso de GoPro aux images qui font vendre
Les Voix de l'IA · transcription complète · épisode enregistré le 13 octobre 2026. Voix générées par intelligence artificielle : Ada, Alan et Lia.
Ouverture
Ada :Vous écoutez Les Voix de l'IA.
Alan :Le podcast qui raconte les fondateurs, les têtes pensantes et les géants de la tech et de l'intelligence artificielle.
Ada :Une série imaginée par Alexandre Stopnicki.
Alan :Petit rappel avant de commencer : ce portrait est construit à partir de ce qui a été publié — articles, interviews, biographies, conférences — que nous avons analysé et recoupé.
Ada :Notre but est uniquement pédagogique : comprendre qui sont ces personnes. Nous ne parlons pas à leur place.
01. L'énigme
Ada :Premier indice : selon le site Tech.eu, il a plus de cent sauts en parachute à son actif.
Alan :Un parachutiste ? Je sèche.
Ada :Deuxième indice : un jour, chez GoPro, il a passé des heures à détourer une image à la main, au lasso.
Alan :Le détourage… On parle de retouche photo, alors.
Ada :Troisième indice : son appli s'appelait d'abord « BG ». En février 2024, son entreprise est valorisée cinq cents millions de dollars.
Alan :Attends… Le détourage, l'appli… Photoroom ! C'est Matthieu Rouif !
Ada :Gagné. Matthieu Rouif.
02. Son vrai profil
Alan :Sa carte d'identité. Matthieu Rouif est français, ingénieur de formation, diplômé de Polytechnique et de Stanford.
Ada :Son poste : cofondateur et directeur général de Photoroom, une appli parisienne qui détoure et met en scène les photos de produits grâce à l'IA.
Alan :Le chiffre clé ? En juin 2026, Photoroom revendique trois cents millions d'utilisateurs cumulés, plus d'un million d'entreprises utilisatrices et plus de sept milliards d'images traitées par an.
Ada :Au total, Photoroom déclare soixante-quatre millions de dollars levés.
03. Le début de sa vie
Ada :Mais avant Photoroom, il y a un étudiant. Sur son enfance et sa famille, nos sources ne disent rien.
Alan :On sait en revanche, toujours selon Tech.eu, que c'est un ancien de l'armée de l'Air française.
Ada :Puis vient Stanford, en 2008 et 2009 : apprentissage automatique et développement pour iPhone. Il le raconte chez Stripe : « J'ai suivi les premiers cours sur iOS de Stanford. »
Alan :En 2009, il fonde une société d'applications. La première fait des applis pour des stations de ski, plus de cinquante selon Y Combinator.
Ada :Des applis pour skieurs ! La même année, il participe à une appli pour envoyer des cartes postales depuis un téléphone. Son verdict : « L'application a donc fait un flop. »
Alan :Le premier vrai succès arrive chez Stupeflix, à Paris, où il est responsable produit. Leur appli Replay est élue meilleure appli de l'année par Apple.
Ada :Le 29 février 2016, GoPro rachète Stupeflix et l'américaine Vemory pour cent cinq millions de dollars. Chez GoPro, il dirige les produits de retouche d'image.
04. Le tournant
Alan :Et c'est là que tout bascule. Chez GoPro, le marketing réclame des visuels en urgence, et le graphiste est absent.
Ada :Et c'est le chef de produit qui s'y colle ?
Alan :Il passe des heures à suivre les contours au lasso, et conclut : « Il devait y avoir un meilleur moyen. »
Ada :En 2018, il quitte GoPro, retourne à l'école apprendre l'apprentissage automatique, puis rencontre Eliot Andres, ingénieur en vision par ordinateur.
Alan :En mars 2019, il lance « BG » : deux semaines entre la première ligne de code et l'App Store, quatorze langues, pour quelques centaines de dollars.
Ada :Et le succès est immédiat ?
Alan :Pas du tout. Les téléchargements ne décollent qu'en février 2020. Des revendeurs de vêtements d'occasion, sur Poshmark et Depop, s'échangent l'appli dans des tutoriels YouTube.
Ada :À l'été 2020, Photoroom rejoint Y Combinator. En décembre, ses revenus récurrents annuels ont doublé, à deux millions de dollars. L'équipe compte alors trois personnes.
05. Les anecdotes extraordinaires
Ada :Des histoires étonnantes, il en a d'autres. D'abord, le lancement de BG.
Alan :Apple refuse sa vidéo de présentation. La raison ? Elle utilisait un cadre d'iPhone tout fait.
Ada :Recalé pour une histoire de cadre ! Pour un futur spécialiste du détourage, c'est savoureux.
Alan :Deuxième histoire, en 2023. Pour le générateur de selfies du film Barbie, Warner Bros. teste dix services de détourage en une seule journée.
Ada :Et alors ?
Alan :Le studio branche celui de Photoroom en moins d'une heure. Selon Photoroom, ces selfies Barbie totalisent plus de treize millions de partages dans le monde.
Ada :Treize millions ! Et quel chemin depuis ces heures passées au lasso.
Alan :Ma préférée, c'est un raté. En 2022, l'équipe ajoute la génération d'images dans l'appli. Testée un mois, elle échoue.
Ada :Un raté ? Pourquoi ?
Alan :Trop lent pour un téléphone. Eliot Andres l'a raconté : « Personne n'a voulu utiliser ce truc, parce que c'était sur smartphone. »
06. Dans sa tête
Ada :Et l'IA, dans sa tête ? Dès juin 2020, il résumait son idée à TechCrunch : « Que serait Photoshop s'il comprenait ce qu'il y a sur la photo ? »
Alan :Et il ne se contente pas des modèles des géants. Le 12 novembre 2025, Photoroom publie PRX, un modèle ouvert, entraîné de zéro, qui crée des images à partir de texte.
Ada :Et pour le commerce ? En juin 2026, il l'écrit : « En ligne, les gens n'achètent pas des produits. Ils achètent des images. »
Alan :Le 18 juin 2026, il ajoute : « Dans le commerce, le but n'est pas une belle image. Le but est une image qui vend. »
Ada :Et ça vend vraiment ?
Alan :Selon des résultats publiés par Photoroom le 13 octobre 2026, un test A/B randomisé chez Vestiaire Collective a montré que les annonces retouchées par Photoroom avaient un taux de liquidité supérieur de 5 % à celles traitées par l’outil de détourage maison.
07. La part d'ombre
Ada :Et la part d'ombre ? D'abord, une question qui traverse tout le secteur : avec quelles images entraîne-t-on ces modèles ?
Alan :En avril 2025, Matthieu Rouif a déclaré à Tech.eu que Photoroom entraînait ses modèles avec des données publiques, certaines images de ses utilisateurs et des images achetées à des photographes et à des agences. Nos sources ne précisent pas les conditions applicables aux images d'utilisateurs. Pour son intégration à Capture One, en revanche, Photoroom assure que les images ne servent pas à l'entraînement.
Ada :Ensuite, l'emploi. Photoroom affirme avoir réduit de quatre-vingt-dix-neuf pour cent les coûts de production d'images de Decathlon, sur trente-cinq mille images.
Alan :Sa réponse, en janvier 2026 : « Le travail créatif reste. » Selon lui, Photoroom aide à produire ces images à grande échelle.
Ada :Enfin, le 1er septembre 2026, Tech.eu annonce qu'Eliot Andres quitte ses fonctions de direction. Il était déjà passé à un rôle de contributeur plus tôt en 2026 et reste au conseil d'administration. Javier Sotelo devient directeur technique. Aucune raison n'a été donnée pour ce retrait.
08. Les questions qu'on aurait aimé lui poser
Ada :Lia, une question qu'on aurait aimé lui poser ?
Lia :D'habitude, j'anime Choucroute Citron. Cette fois, je me suis détourée de mon émission pour m'incruster sur le fond d'Ada et Alan ! Ma question piège : en février 2024, Photoroom était valorisée cinq cents millions de dollars. En septembre 2026, aucune nouvelle levée n'était annoncée. Pourquoi ?
Ada :Bienvenue ! Et qu'en a-t-il dit publiquement ?
Lia :En septembre 2026, il répondait : « Les valorisations, c'est un marché. Ça existe quand il y a une levée de fonds. » Il précisait aussi que Photoroom disposait encore de la majeure partie des capitaux levés. Je pense donc qu'il présenterait l'absence de nouvelle levée comme un choix, pas comme un retard.
Ada :Rappel : cette dernière phrase, c'est Lia qui imagine, pas Matthieu Rouif qui parle.
Alan :Et ta deuxième question, Lia ?
Lia :Plus complexe : si n'importe qui peut générer une image parfaite, comment un acheteur peut-il encore faire confiance à une photo de produit ? En janvier 2026, il disait qu'on ne peut pas optimiser à la fois la créativité et une grande fidélité au produit. En juin 2026, Photoroom a lancé pour les entreprises une garantie portant sur la fidélité visuelle : seules les images qui passent ce contrôle sont facturées. Je pense donc qu'il placerait la fidélité au produit avant la créativité.
Alan :Encore une fois, c'est une hypothèse de Lia, fondée sur ses déclarations publiques.
09. La boule de cristal de Lia
Alan :Lia, ta boule de cristal ?
Lia :En septembre 2026, il a dit : « Notre objectif, c’est que dans dix ans, on dise “Photoroom” comme on disait autrefois “Photoshopper”. » Alors je me risque à une hypothèse : un jour, on dira peut-être « photoroomer » une image.
Ada :Ce n'est qu'un jeu, bien sûr : personne ici ne lit l'avenir.
10. Ce qu'on retient
Ada :Moi, je retiens les heures perdues au lasso chez GoPro, qui ont mené à une appli lancée en deux semaines.
Alan :Et moi, sa formule : « En ligne, les gens n'achètent pas des produits. Ils achètent des images. »
Ada :Et vous, la dernière photo de produit qui vous a donné envie d'acheter, était-elle vraiment fidèle au produit ?
Le mot de la fin
Ada :Restez encore quelques secondes…
Alan :… le message qui suit est important !
Alan :C'était Les Voix de l'IA.
Ada :Si ce portrait vous a plu, abonnez-vous ! Retrouvez tous les épisodes sur 3h33.com…
Alan :… et sur le site de Choucroute Citron, le podcast d'Alexandre et de ses IA-nimatrices.
Ada :Les sources de l'épisode sont dans sa description. À très vite… pour une autre voix.